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  • Octobre à Biarritz

    Il y flotte comme un atmosphère de désertion. Peu de gens marchent dans les rues, et un silence oppressant par endroits, qu'augmente le plomb du ciel, charge notre propre balade au bord de la plage, du Port des Pêcheurs au Port-Vieux, et de la Côte des Basques à la rue Gambetta, d'un ton clandestin à peine moins blâfard que l'air. Heureusement il y a l'iode, le vent -timide mais là-, les vagues parfaites le matin, une douzaine d'huîtres au Bar du Marché, et le bonheur simple de lire la presse devant l'océan, en inclinant de temps en temps le journal pour lire l'eau et laisser à la fin l'écume des nouvelles, en lui préférant le ressac.

  • Grâce

    "Elle a des yeux de voleuse de cerises
    Elle possède un regard foudre ourlé de si beaux cils
    Des yeux qui disent malice ma brise me grisent 
    Elle n'a pas les mots dans les poches
    Elle ne garde pas ses cils dans ses yeux feu
    Elle, mon beau souci, please!
    S'il plaît  au soleil d'ici, je percerai à jour azur le secret des si lisses cils
    Ses yeux hélices plissent de rire silice feliz
    Délice, délice des cils, délices l'hélice de tes yeux
    Tornade au coeur de mon ventre tord mon sourire d'être sous ton regard
    Malicieuse balise océane
    Ton sourire essuie le sel des larmes
    Attise bizzzz la nuit des nuits
    Versa-t-il, Ulysse, un regard lisse sur sirènes, dis?
    La nuit  versatile
    Les courants sensibles
    La mer lisse
    Tes si doux cils délice
    Ta peau mica
    Ont conduit Ulysse à Ithaque attaque, tic sous cils style
    (genre...)"
     
    Vassilis Damestoios 
    Traduction : J.B.Adamsberg (Athènes, 2006)

  • Sanlucar de Barrameda

    En ce moment, je cite, j'ouvre cette colonne aux autres, aux émotions textuelles de mes jours et de mes nuits. Ce matin, c'est à celui qui fut mon premier rédacteur en chef (à Sud-Ouest Dimanche, années 80), et qui est par ailleurs écrivain, Pierre Veilletet, que je donne la parole. C'est la fin d'un de ses papiers consacré à Sanlucar de Barrameda (l'une de mes querencias andalouses), dont il a fait son port d'attaches (après Bordeaux). Sa comparaison avec Naples et l'esprit napolitain est contestable; mais assez bien vue...

    "Si vous ne connaissez pas la Place du Cabildo ou le Bajo de Guia à l'heure où l'on partage les tortillas de camarones, quelque chose manque à votre culture du bonheur. Je n'ai rencontré pareil savoir-vivre, au plein sens du terme, que dans un autre port, celui de Naples. Toutefois l'enjouement m'y a paru un peu surligné; ici on n'est pas moins théâtral, mais la spontanéité l'emporte presque toujours sur le cabotinage. Mon port d'attache, mon havre de paix n'a qu'un inconvénient : plus j'y séjourne et plus je trouve au retour la France maussade et rogue." 

     

    Cette remarque est à rapprocher d'une autre, d'une justesse difficilement contestable. Nous la devons à Nicolas Fargues. Il écrit ceci, dans J'étais derrière toi (POL), à propos du regard, soit d'une opposition de caractère entre le Français fielleux et l'Italien bien dans ses baskets :

    "Ce que j'ai pu noter aussi, dans cette trattoria, c'est qu'en Italie, les gens se regardent vachement plus ouvertement que chez nous. Si tu ne présentes pas trop mal, si tu fais un peu gaffe à ta mise, on te mate, et c'est assez gratifiant. C'est agréable, ce côté fair-play de gens qui ne mettent aucun orgueil à faire semblant de ne pas t'avoir remarqué, à faire forcément la gueule. Eux, ils matent et ils assument."

    Relire ça me donne envie de me barrer à Procida, à Sanlucar, ailleurs, té!.. 

  • Lettre

    Tu m'as dit si tu m'écris

    Ne tape pas tout à la machine

    Ajoute une ligne de ta main

    Un mot un rien oh pas grand'chose

    Oui oui oui oui oui oui oui oui

     

    Ma Remington est belle pourtant

    Je l'aime beaucoup et travaille bien

    Mon écriture est nette et claire

    On voit très bien que c'est moi qui l'ai tapée

     

    Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire

    Vois donc l'oeil qu'a ma page

    Pourtant pour te faire plaisir j'ajoute à l'encre

    Deux trois mots

    Et une grosse tache d'encre

    Pour que tu ne puisses pas les lire

     

    Blaise Cendrars 

    medium_DSCF1002.2.JPG

  • unepatate

    medium_DSCF0641.3.JPGparostate ou patatros

    voici patate de paros

    ni albatros ni prostate

    patatras à la trace

    ni rosse ni atroce

    c'est lapatate de paros

    Vassilis Damestoios 

     

  • Proverbe sans fin

    medium_DSCF0609.JPGManger du bleu boire du gris

    Font les couleurs de l'âme pâle

    Couler des jours couler des nuits

    Comme à travers ses mains le sable

     

    André Frédérique 

     

  • Envie d'en croquer un, ou deux...

    Eloge de l’ortolan
    medium_ort.jpeg Plus transgressif, tu meurs. Il est interdit de le capturer aux matoles, ces cagettes qui le prennent vivant, entre la mi-août et la fin septembre, sauf si l’on est agriculteur et que l’on respecte un cahier des charges kafkaïen. C’est la résultante d’une tolérance, autrement dit d’un presque vide juridique, et d’un savoir-faire ancestral auxquels les héritiers d’aujourd’hui tiennent davantage qu’à la prunelle de leurs yeux, qui leur permettent pourtant de scruter le ciel avec science, lorsque le temps de la migration bat son plein. Il est engraissé jour et nuit et, ce bruant particulier (emberiza hortulana), le seul de la famille qui soit capable de tripler son poids en deux à trois semaines, devenu gras comme un moine, achève sa vie dans un verre d’armagnac, qu’il aspire et dont il inonde ses chairs. Ce qui ne gâche rien, honore l’oiseau et son bourreau. Plumé, non vidé, placé dans une cassolette à sa taille –comme un cercueil de luxe-, il est servi aux convives tandis qu’il « chante » encore tant il grésille. La serviette sur la tête, afin de ne pas laisser échapper son fumet et de masquer la grimace du dégustateur qui se brûle et se huile les babines (comme çà les tenants des deux théories du port insolite de la grande serviette sur la tête seront contents), il est dévoré avec les doigts jusqu’au bec. Tout le reste se mange, possède le goût de la noisette, du foie gras… et de l’ortolan. Et surtout, surtout, de l’interdit. Un goût indéfinissable. Autrement, ça se saurait.

    (j'avais publié ce petit texte dans "Le Monde", il y a trois ans environ, dans le cadre d'un dossier de 8 ou 12 pages que j'avais piloté, sur le thème des Menus de fêtes. Et là, subitement, cet après-midi, je suis pris d'une envie d'en manger!.. De l'ortolan).