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  • Une brassée de poésie

    IMG_0795.jpgUne brassée de recueils de poésie de grande qualité s'est posée au printemps dernier comme une volée de sarcelles à la surface d'un étang landais, par une nuit lumineuse de mai comme celle que nous venons de vivre. C'est à la collection Poésie/Gallimard que nous devons ce bouquet. Tout d'abord, il y a ce coffret, le second du genre, qui constitue pas à pas la précieuse petite bibliothèque du XXè siècle - qui fut celui des "utopies sanglantes" et aussi celui de la libération de l'imaginaire. Il a été concocté par Sophie Nauleau, Zeno Bianu et André Velter, et il est coédité avec Télérama. Il est composé de douze petits anthologies de poètes devenus des classiques, est c'est un régal de picorage à toute heure du jour et de la nuit. Jugez : Guillaume Apollinaire (Voie lactée ô soeur lumineuse), Louis Aragon (Ici commence la grande nuit des mots), René Char (Comme si tu étais en retard sur la vie - la phrase embématique de son célèbre poème en forme de profession de foi et de guide pour une existence artistique et libre Commune présence), Jean Cocteau (Je n'ai jamais rien vu de plus fou sur la terre), Pierre Reverdy (Et la main dans le dos qui pousse à l'inconnu), Robert Desnos (Loin de moi et semblable aux étoiles), Francis Ponge (Les rois ne touchent pas aux portes), Paul Eluard (J'ai la beauté facile est c'est heureux), Henri

    téléchargement (1).jpeg téléchargement.jpegMichaux (Comme un fou qui pèle une huître), Raymond Queneau (Cette brume insensée où s'agitent des ombres), Saint-John Perse (S'en aller!  S'en aller! Parole de vivant!), et enfin Jacques Prévert (De deux choses lune l'autre c'est le soleil). Douze petits bijoux extraits des nombreux recueils de ces douze bandits des mots, déjà parus dans la même collection (30€ le coffret). L'emblématique collection publie coup sur coup trois titres, à commencer par Un manteau de fortune, suivi du très émouvant recueil intitulé L'adieu aux lisières et de Tombeau du Capricorne, de Guy Goffette (7€), qui s'affirme toujours davantage comme un poète majeur du songe éveillé, de la nostalgie façon saudade, dans notre paysage contemporain. Le second s'appelle Entrevoir, suivi du splendide Le front contre la vitre et de La halte obscure (9,50€), et c'est signé de Paul de Roux (ami de Goffette), poète contemplatif, dépouillé et sensuel qui compte de plus en plus, lui aussi. Il y a 

    téléchargement (2).jpegenfin un petit classique formidable : Glossaire, J'y serre mes gloses, illustré par André Masson, suivi de Bagatelles végétales, illustré par Joan Miro, de Michel Leiris (9,50€). Autrement dit, un petit miracle d'édition (en format de poche), d'une part, et un régal de jeu avec les mots, d'autre part. Leiris, avec Langage tangage, A cor et à cri, entre autres grands recueils, déchaînait déjà les mots de leur définition. Là, il se lâche, déstructure, s'en donne à coeur joie, aligne les "catapultes mentales" au fil de son alphabet surréaliste et ses Bagatelles poussent encore plus loin le bouchon ludique de cette poésie cérébrale et formelle, cousine du travail de Ponge et de celui de l'Oulipo, car il entremêle les sens possibles et surtout improbables des mots : "aimer les mets des mots dans un méli-mélo de miel et de moelle", écrit-il. Et l'on devine que l'auteur devait ronronner de plaisir en créant ces anagrammes poétiques et autres mots-valises pourvus d'allitérations subtiles, chantantes et toutes dotées d'un sens inédit. 

  • Jeux de mots

     

    téléchargement (10).jpegJacques Rouvière nous avait déjà donné un délicieux Dix siècles d'humour dans la littérature française (Plon), que j'avais abondamment évoqué sur les ondes de Sud Radio lorsque j'y tenais une chronique littéraire hebdomadaire qui me laissait totalement libre de mes choix (de 2003 à 2006 ou 7). Le revoilà avec un formidable bouquin : Le livre d'or de l'esprit français (Ecriture, 22€), sous-titré de A comme Acrostiche à Z comme Zeugma. Car il s'agit de quatre-vingt jeux littéraires qui mettent en avant cet esprit français que Paul Deschanel définissait comme la raison en étincelles. Humour, virtuosité des tournures d'esprit, phrases ayant du claquant, traits, envois subtils, cette anthologie littéraire des figures de style est un régal absolu pour tous ceux qui aiment les mots et qui ne peuvent s'empêcher de jouer avec, à leur corps (et à leur esprit) défendant, parce qu'ils sont ainsi formatés, et qu'entendre quelqu'un dire quelque chose génère chez eux une irrépressible propension marginale à déjanter en créant des jeux de mots in petto et en guise de réponse, ce qui souvent décontenance. J'adore ce genre de bouquin, car c'est le prototype du livre jouissif, c'est un magasin de pâtisseries, c'est Bricorama pour le dingue de bricolage, c'est Metro (le magasin) quand on y entre pour la première fois : on s'y sent comme un enfant au cirque, comme un adulte en Tanzanie. Idem dans ce formidable livre à picorer à satiété, a tapear chaque jour à la fraîche - ces temps-ci avec un verre de rosé. Epigrammes, calembours, contrepets, calligrammes, holorimes, mots-valises, oxymores, nonsense, palindromes, pastiches, syllogismes absurdes et bien sûr métaphores - entre autres -, et aussi des raretés comme l'homéotéleute, qui est une figure de style consistant à répéter une ou plusieurs syllabes homophones (du même son) à la fin d'une série de mots ou de phrases. Un exemple, pris chez Jarry : Tiens! Polognard, soûlard, bâtard, hussard, tartare, calard, cafard, mouchard, savoyard, communard!.. Cela vous secoue les neurones et donne une sacrée envie de jouer, de jouer, de jouer... 

  • CHRONIQUES D’« ÉCRIVIN »

    bacchus et moi.jpgLe romancier new-yorkais, auteur à succès de Trente ans et des poussières, entre autres, a la passion du vin (et du luxe) chevillée au coude et au nez. Aussi donne t-il régulièrement de longues chroniques brillantes et pleines d’esprit dans House and Garden et dans le Wall Street Journal, qui sont aussi drôles qu’iconoclastes. 65 d’entre elles sont ici rassemblées. Truffés d’anecdotes – l’auteur va sur le terrain,  partout où l’on fait du vin,  de traits d’esprit et de comparaisons renversantes entre les vins rares et chers et les hommes,  ces textes à l’écriture juste sont un délice et ils se lisent comme des « shorts », de courtes nouvelles. McInerney personnifie aussi les vins : Grace Kelly serait par exemple un puligny-montrachet. Et si Mouton est Michel-Ange, selon McInerney, Lafite est Léonard de Vinci. Ou bien l’un est Armani, et l’autre Versace.  Brillant. L.M.

    Bacchus et moi, par Jay McInerney, La Martinière, 432 p., 23€