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  • Nourrir son chien

    images.jpegParfois les scrupules entrent en moi « comme l'eau dans la bouche du noyé quand la résistance de la vie est passée et qu'il ne reste que la volupté de mourir... » * Un mois ou presque que je n'ai pas nourri mon chien -comprenez : que je n'ai rien posté ici, que KallyVasco mon clébard semble dépérir. Je sais qu'un blog vit sur ses réserves (je fête les 6 ans du mien ce mois-ci, et j’écrirai son millième article sous peu : celui-ci porte le n° 997), mais je n'aime pas l'idée de l'efflanqué, ni l’image des côtes apparentes ; sauf celles qui tutoient la mer. Aussi, voilà. Le dernier Nicolas Grimaldi, « L'effervescence du vide » (Grasset) peut décontenancer ses lecteurs, car il s'agit d'un texte personnel, d'une autobiographie axée sur la cassure de Mai 68, laquelle a bouleversé la vie du philosophe et avant tout celle de l'enseignant. Extrait : « Peut-être toutefois l’histoire a-t-elle agi sur nous à la manière de l’acide sur la plaque où vient d’être gravé le profil d’un visage. Comme la morsure de l’acide y creuse plus ou moins profondément le trait, ainsi nos personnalités auraient-elles été moins dessinées que burinées par l’histoire. D’un trait à peine accusé l’acide a fait une blessure. En crevassant les noirs, il a troué de lumière les espaces laissés vierges. Ainsi de nos vies crevassées par l’histoire. » En musardant jusqu'à la fin de l'ouvrage, nous comprenons certaines choses sur le cheminement de la pensée, nourrie d’intimités, d’un philosophe qui a toujours eu une vocation de « passeur ». Sa passion éphémère et cathartique, compulsive, pour la tauromachie, par exemple, peut surprendre, mais elle correspond à sa quête de la gaîté du désespoir, à celle de la soustraction au temps aussi, et à l'admiration du dérisoire. Nous aimons surtout lire combien cet homme précieux entre tous reste attaché au sens profond du partage : il n’aime rien comme « vivre avec » chaque moment intense, fut-ce une simple aube sur la mer. En jouir seul lui est tellement douloureux que cela le prive presque du plaisir saisi sur l’instant. ** C’est dire.

     

     * in « Rêveuse bourgeoisie », de PDLR (page  517, en éd. folio).

    ** Je ressens très fortement cela car je sais verbaliser depuis peu que c’est précisément ce qui m’a fait écrire et qui a donc décidé de ma vie : le simple fait de ne pas supporter de profiter seul de la beauté du monde, donc mon urgence à la transmettre, à partager avec des mots; le mieux possible…