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  • Rosé : Le prestige de la presqu'île

    Ce papier, intitulé initialement : Du rosé « piscine » en mathusalem, est paru dans L'EXPRESS du 27 juillet.

    Le nom de Saint-Tropez suffit à faire vendre les vins rosés qui s'en prévalent. Les investisseurs s’affolent et les vignerons regorgent d’idées.

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    images (1).jpegLa Presqu’île rend fous les investisseurs avides de posséder un vignoble estampillé Saint-Tropez. Le groupe Bolloré a repris les domaines de La Croix et de la Bastide blanche, sur la commune de La Croix Valmer, 90 ha de vignes qui donnent un rosé classieux. Ce n’est pas le cas de tous les domaines, dont le point commun positif est de jouer volontiers la carte de l’agriculture raisonnée. À La Croix, on n’a pas lésiné sur les moyens pour remettre le vignoble en état et, surtout, confier à un architecte local de renom, François Vieillecroze, le soin d’imaginer et de réaliser un chai spectaculaire et futuriste. À Gassin, le célèbre Minuty, de réputation internationale, démontre que grande production peut rimer avec qualité. L’un de ses voisins, le domaine de La Rouillère, 40 ha plantés sur 120, appartient à un industriel de Lille, Bertrand Letartre, leader européen des produits d’hygiène et de désinfection en milieu hospitalier. « J’ai eu le coup de foudre il y a une dizaine d’années lorsque je cherchais à reprendre un domaine. J’ai racheté pour 4 millions d’euros une propriété un peu délaissée. 8 millions ont été injectés pour les travaux. Il y a eu notamment le rachat de terres à la famille de Robert Boulin. Une parcelle se nomme d’ailleurs Ministre », dit Bertrand Letartre. « Je tiens à rester propriétaire-récoltant, et il me fallait d’emblée être (re)connu dans mon village. » Comme le village se nomme St-Tropez, le travail sur le mouchoir de poche magique –du Vieux Port à Pampelonne- est capital. Il permet aux décideurs du monde entier de retenir le nom de sa remarquable cuvée Grande Réserve, un vin rosé (comme 70 à 80% des vins de la Presqu’île), qu’ils consomment plus volontiers en magnums, en jéroboams ou en mathusalems qu’en simples bouteilles de 75 cl –toujours ce goût de la démesure propre à St-Tropez. « L’image de nos vins circule, de Courchevel d’abord, où sont les commerçants tropéziens en hiver, à New York et à St-Barth’, soit là où la jet-set se déplace ». Les rosés estampillés St-Tropez font un malheur dans les lieux branchés de la planète. Leur prix sont en conséquence surestimés. Le chai de La Rouillère, archi design, à la propreté clinique qui frise l’obsession, est signé lui aussi de l’architecte en vogue Vieillecroze. « Oui, mais il a fait le notre avant celui de Bolloré », précise Bertrand Letartre. Au domaine Bertaud-Belieu, propriété d’un haut-dignitaire kazakh, on joue également la carte de la qualité. Cela n’empêche pas Jean-Christophe Sibelya, le gérant, de créer des événements. « Nous sortons des cuvées limitées ornées d’une sculpture métallique en guise d’étiquette, signée Michel Audiard, dont le prix peut atteindre 8000€ pour une paire de mathusalems livrés dans une mallette en cuir. Nous finançons l’opération  « Puits du désert », qui permet le creusement de nombreux puits au Niger. Ou bien nous ouvrons un bar dans un hydravion Catalina, époque Latécoère, chaque soir sur une plage de St-Trop’. » Grégoire Chaix, lui, avec 35 ha de vignes éparses dans les environs, produit Tropez, du prénom sésame de son grand-père, un vin archi marketté avec ses séries limitées à 6000 cols au look ravageur très night-club : Black Tropez, White Tropez. « J’ai créé aussi un cocktail à base de vin rosé et d’arôme de pêche, qui cartonne : on a déjà vendu 1,5 million de bouteilles! Il titre, au choix, 6,5° ou 0°, on le trouve partout, surtout chez moi, au Bar du Port », lequel n’a rien d’un wine-bar classique. De toute manière, ici, les vignerons eux-mêmes boivent le rosé en « piscine », soit dans un grand verre qui tient du vase rempli de glaçons. Parlez-moi de vin…  L.M.

     

  • A vista d'occhio

     

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    IMG_5056.JPG©L.M. Juillet 2011.

  • Cette île m'inonde

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    Procida me rassemble. Eloigne de moi les tourments. Ma confusion des sentiments se délie, s'épanouit ici comme une feuille de thé plongée dans l'eau ébouillantée. Chaque chose reprend place, chacun observe l'autre en amitié. Ici je découle. Deviens thon, nage en eaux claires. Je mûris comme un citron sous un soleil bruto. J'oublie le manque. Je me nourris d'ombre profonde, et de silence, de chaleur, de poisson crus.

    Photo prise le 27 juillet dernier : relève matinale du filet de mon ami Cesare Piro (à gauche, boina blanche), contre Punta Pizzaco et avec Terra Murata juchée sur Punta dei Monaci au fond, en compagnie de sa mère Maria, seule femme pêcheur professionnelle de l'île, et, à la rame, de ma fille Marine (debout en bleu pâle).

  • St-Trop, le premier papier

    EXPRESS 27 juillet 2011_Page_1 (1).jpgRetour de Procida... 

    Au courrier, je trouve L'Express et le dossier que j'ai écrit dans l'édition datée du 27 juillet au 2 août. Il comprend 12 papiers, avec ses encadrés et ses manchettes. Voici celui qui ouvre l'ensemble :


    De BB à Abramovitch

    LOIN DU BLING-BLING

    Les traces des années B.B. sont dans les mémoires. Elles ont sculpté un Saint-Tropez inaltérable, aujourd’hui davantage tourné vers une certaine conception de la dolce vita.

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    IMG_5036.JPG« Et tard dans la nuit de cet été 1965, Margot ouvrit la porte de l’hôtel familial de La Ponche à Gunther Sachs et à Brigitte Bardot. Ils voulaient une chambre, urgemment : Ma petite Brigitte… Et monsieur Gunther, mais quelle surprise !, s’exclama Margot. Ce fut leur première nuit d’amour ». Simone Duckstein, veuve du peintre Jacques Cordier dont les peintures ornent tous les murs de l’hôtel de La Ponche et directrice historique du lieu, se souvient. Brigitte était déjà une habituée, qui disait de cet hôtel mythique qu’elle y était comme chez elle à La Madrague, « avec la même bande d’amis rigolos ». À deux pas du Port, l’hôtel le plus intime de Saint-Tropez, devant une plage enrochée de poche, la ravissante Grange Batelière et la côte de Sainte-Maxime au loin, a longtemps été l’annexe de Saint-Germain-des-Près. BB y passa des semaines entières, comme Françoise Sagan et la bande de son ami Jacques Chazot, ou avec ses maris successifs Guy Schoeller, Bob Westhoff, Bernard Frank. Les Trintignant, Romy Schneider, Maurice Ronet, Daniel Gélin, Juliette Gréco, Michèle Morgan (toutes deux vivent à quelques encablures), tout le monde est passé par ici, même Jack Nicholson il y a peu. Y compris, lorsque Simone était enfant, les Eluard, Picasso, Mouloudji, Pierre Brasseur, le peintre Dunoyer de Segonzac, enterré au splendide Cimetière marin, tout proche, non loin d’Eddie Barclay dont la tombe est ornée de disques en vinyle démesurés... Les Buffet, par exemple : Annabel a rencontré Bernard à La Ponche en 1958 ! Le petit hôtel semble ainsi être (à son corps défendant, mais pas longtemps), le méridien de Greenwich des amours naissantes et des réconciliations tardives : Simone Duckstein se flatte d’avoir entendue Catherine Deneuve lui dire, un jour de 2004 tandis qu’elle tournait Princesse Marie, de Benoît Jacquot, « c’est vous qui m’avez réconciliée avec Saint-Tropez. » Les larmes lui montent aux yeux à cette évocation. Si Maupassant parle de Saint-Tropez dans ses chroniques données au Gil Blas en 1884, si Colette séjourne fréquemment dans sa maison de la baie des Caroubiers, La Treille Muscate, acquise en 1925 et où elle écrivit plusieurs de ses livres, c’est à La Ponche que Claude Lanzmann situe un séjour avec Sartre et Beauvoir dans Le lièvre de Patagonie. Sagan ouvre un chapitre de Avec mon meilleurIMG_5032.JPG souvenir par ces mots : « Nous sommes à la mi-juin... Je suis assise sur la terrasse de l'hôtel de La Ponche, à Saint-Tropez, à six heures du soir, au seuil de l'été… Les deux pieds sur une chaise ». C’est La Ponche que Bardot désignait à ses amants comme l’endroit le plus romantique du monde… Jacques Laurent –ami intime de Simone, Michèle Perrein qui fut son épouse, Michel Mohrt, Sagan bien sûr, y ont souvent écrit, et nombre d’acteurs s’y sont reposés entre deux journées de tournage. Ce, depuis 1942, pour Le Soleil a toujours raison, avec Tino Rossi, jusqu’aux nombreux tournages des années 70 et 80, en passant par 1955 qui voit un Vadim  impuissant à lutter, l’œil rivé à sa caméra, contre un Trintignant amoureux de sa jeune épouse déjà sacrée « plus belle femme du monde », et la série des Gendarmes ou encore L’année des méduses, et La piscine… Cette maison d’artistes 4 étoiles est un bijou tenu par une élégante délicate et cultivée qui semble ignorer l’autre, les autres Saint-Tropez, lesquels ne la gênent nullement. « À chacun son Saint-Tropez, et tout le monde est heureux ainsi ! », dit Simone, en citant son amie Françoise Sagan. Chacune de ces stars a donné son nom  aux 18 chambres, y compris Georges Pompidou et Kenzo, fidèles de l’hôtel. Non loin, des yachts cathédrales immaculés pressent leur cul contre un quai envahi de badauds et de faux bling-bling facilement reconnaissables. Les terrasses de Sénequier, du Gorille, de l’Escale, du Quai, du Café de Paris et autres font leurs choux gras en quatre mois avec ceux qui passent et débarquent. Mais ce strass est circonscrit. Il a moins les dimensions d’un mouchoir de poche que celles d’un string, dont les mensurations auraient pour élastiques les quais, la Citadelle, la paisible place de l’Ormeau, la Place des Lices les jours de marché (mardi, samedi) et ses boulistes de l’après-midi, lesquels songent à Henri Salvador et à Lino Ventura, et enfin la Tour du Portalet qui ouvre sur le modeste sentier du littoral –qu’il faut emprunter. Oui, le carré des milliardaires, des oligarques, des m’as-tu photographié, est ridiculement minuscule et préserve, on ne sait par quelle magie, le village dans son ensemble. Le pouvoir d’achat de ce maillot de biens est certes considérable, mais le Tropézien, qui a la tête réellement froide, ne s’en laisse IMG_2257.jpgjamais compter. Il a oublié que Mick Jagger s’est marié ici avec Bianca en 1971, il se souvient en revanche qu’il a une autre affaire à faire tourner à Courchevel, en relais de celle-ci sur le port, en deçà ou sur une plage de Pampelonne. Car aujourd’hui, il convient de suivre le VIP à la trace, dans les sillages uniformément blancs comme la fameuse Soirée –et de son yacht et de son avion privé. Le nouveau visage de St-Trop’ est davantage cosmopolite, plus exigeant, plus arrogant aussi. Les maîtres du monde, s’ils possèdent encore, parfois, le tact et l’intelligence effacée, exposent plus fréquemment des attitudes d’enfants gâtés qui veulent tout tout de suite. « Le risque est qu’ils fichent le camp ailleurs, puisque les côtes de la planète leur sont ouvertes », dit Kaled, inquiet militant de l’avenir des plages de Ramatuelle. En attendant les suites d’un éternel imbroglio (voir plus loin), Abramovitch, Paris Hilton, tel Emir, tel rock-star ou king du basket, tel président d’un fonds de pension américain aussi influent qu’un Bill IMG_2248.jpgGates, mais transparent avec son tee-shirt imprimé et ses Havaïanas aux pieds, et dans une moindre mesure un Jean-Michel Jarre ou un Alexandre Jardin croisés ce 5 juillet au fil des quais et aux bras de leur dulcinée, fabriquent le Saint-Tropez d’aujourd’hui. Celui-ci tient du zoo, lorsqu’on se trouve devant ces yachts dont on ne sait pas qui sont les singes : ceux qui les occupent, là-haut, ou bien les humbles qui,IMG_2252.jpg menton dressé et appareil photo prêt à tirer, guettent leurs occupants et se photographient devant des pavillons de complaisance évoquant les îles lointaines ? Il relève de la réserve d’Indiens : les Bateaux Verts proposent pour 9€ une balade en navette à la découverte des « villas de célébrités ». St-Trop’ tient encore du hameau charmant, lorsque l’on emprunte, depuis les quais et jusqu’à la Place des Lices, cette ravissante ruelle Etienne Berny chargée du parfum des figuiers qui dégringolent, et où deux piétons ne peuvent se croiser. Le village magique tient de l’inaltérable enfin, lorsque, devant soi, au cœur de la nuit, à l’heure où l’on quitte hagard les Caves du Roy, un nanti indien proche de la famille Mital (propriétaire dans les environs), évoquant en Anglais son dîner au Polo Club (la cuisine, italienne, y est remarquable), achète, pour se refaire, un panini à 5,40€, ni vu ni reconnu. Record absolu.  

    L.M.

    PS : L'Express a signé à tort mon dossier du nom de Léon Mazzella di Borgo, or je m'appelle di Bosco. Pfff...

    Photos (©LM) : vue du village depuis les abords du cimetière marin, des gosses qui plongent dans la crique de La Ponche depuis la Grange batelière, Tony Parker au VIP, la lampe Kalachnikov dorée qui trône sur le bureau de Grégoire Chaix (vigneron), le seau de mon rosé au Club 55.