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  • "Une foudre délicate tressaille en moi"

    téléchargement.jpegUne foudre délicate tressaille en moi. C'est ainsi que Belinda Cannone décrit ce... je ne sais-quoi-du-presque-tout, dans son précieux Petit éloge du désir (folio 2€). Nous avions déjà évoqué cet auteur http://bit.ly/1aOsPWA Là, en 249 fragments, elle raconte une histoire érotique, une rencontre, l'alchimie du désir et c'est délicat, et ça tressaille, et c'est bon. 

    Amour toujours? Sous la direction de Jean Birnbaum (actueltéléchargement (1).jpeg rédacteur en chef du Monde des Livres, l'indispensable supplément du quotidien du soir daté de vendredi), folio publie les actes du Forum Philo Le Monde / Le Mans organisé en novembre 2012. Christine Angot, Alain Badiou, Pascal Bruckner, Belinda Cannone, Alain Finkielkraut, Claude Hagège, Julia Kristeva, Camille Laurens, Michel Schneider, entre autres signatures, livrent leurs réflexions sur l'aventure obstinée des amants dans leur différence vraie, sur le singulier langage des amoureux, sur les thèmes proustiens les plus récurrents, et aussi sur la sacralisation de l'amour, la tragédie du couple contemporain, l'obsession sécuritaire qui touche aussi l'amour, le désir comme possible nouveau nom de l'amour, et encore l'amour maternel et l'érotisme de la reliance... Quelques thèmes parmi d'autres, abordés dans ce petit bouquin captivant.

  • Fleuve profond, sombres forêts

    téléchargement.jpegRelire Au coeur des ténèbres, de Joseph Conrad, qui devint Apocalypse now au cinéma (via Francis Ford Coppola), c'est éprouver la littérature dans sa capacité à nous introduire progressivement - en cheminant, en feuilletant - vers un ailleurs. En l'occurrence, le lecteur remonte un fleuve africain et, en s'enfonçant dans la nature, se débarrasse de son humanité jusqu'à atteindre le coeur d'une nature sinon animale, du moins déshumanisée et terrifiante. Kurtz n'est plus un homme et il n'est pas non plus barbare. Le livre agit comme une musique, comme un alcool : il enivre, embarque, emporte, par la force des mots, de la phrase, du rythme, de l'irrémédiable avancée vers le mystère. Il est ici traduit par Jean Deurbergue et publié dans la collection L'Imaginaire (Gallimard), laquelle offre également untéléchargement (1).jpeg bijou de littérature allemande, l'un des meilleurs livres d'Adalbert Stifter (l'auteur d'un chef-d'oeuvre : L'homme sans postérité, Phébus/Libretto) : Les Grands bois. Ces récits autant romantiques qu'expressionnistes (traduits par Henri Thomas), rappellent - surtout le premier, qui donne son titre au recueil- combien la nature, et notamment les grandes forêts (de Bohême, ici), sont capitales depuis J.J. Rousseau et Hölderlin. Stifter ne fut pas leur contemporain (1805-1868), mais il semble imprégné de cet amour, à la Thoreau aussi, pour la solitude dans les bois profonds, qui fonde son "réalisme poétique". Ses personnages sont des écorchés (comme il le fut lui-même), et l'on pense à la fois à la musique de Schubert (davantage qu'à celle de Wagner) et aux peintures de Caspar David Friedrich en lisant Stifter : il s'agit d'un bonheur générateur de frissons, qui agit par capillarité.