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  • la plancha a sa fédé

    C'est le barbecue de l'avenir, un mode de cuisson de respect, un état d'esprit venu du sud de l'Espagne, qui a gagné le Pays basque et commence à envahir l'hexagone, si l'on en juge par le choix, dans les supermarchés, de planchas portatives, électriques (les meilleures sont au gaz, bien sûr, mais elles coûtent plus cher). Alain Darroze, cuisinier ancré dans le terroir au point d'avoir créé jadis Sos-Racines, et actuellement installé à Bayonne, a créé avec quelques partenaires la Fédération française de cuisine à la plancha. Cet outil que l'on trouve désormais dans la plupart des jardins du grand sud-ouest, et qui sert aussi bien à cuire under control viandes, poissons, légumes ou fruits, commence sérieusement à intéresser tout un chacun. D'où l'idée de lancer les premiers championnats de France amateurs de cuisine à la plancha. Vingt champions issus des concours régionaux disputeront les épreuves finales à la Foire de Paris, du 28 avril au 7 mai prochains. A suivre...

     

    home_r1_c2.jpgAlain Darroze : la Plancha c’est le respect du produit, et par conséquent du terroir dont il émane. C’est aussi la convivialité du sud, mais, et j’y tiens beaucoup, vécue, transformée, adaptée par d’autres cultures de partage, tout aussi chaleureuses, du Nord jusqu' à l’Est de la France. Et puis la Plancha c’est aussi la santé ! La chasse au gras ouverte toute l’année ! www.ff-cuisine-plancha.fr

  • Barcelone : en finir avec Gaudi

    Papier paru cette semaine dans Paris Télé OBS (Le Nouvel Observateur)

    C'EST PAR L'ART QU'ON  ENTRE ICI

    Un arbre cache la forêt de l’art dans la capitale catalane. Il se nomme Antoni Gaudi. Or, Barcelone sans Gaudi existe. Nous l’avons visitée.

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     Pour en finir avec l’omniprésent architecte, synonyme de Barcelone, et dont les reproductions figurent sur les casquettes et les porte-clés, au point qu’un certain tourisme se mue en terrorisme et « oblige » chaque visiteur à se rendre au Parc Güell, il suffit de penser Miro, Picasso et Tapies.  Idem pour la littérature : Manuel Vasquez Montalban, écrivain « officiel » de la ville, semble faire partie des produits touristiques, au même titre que les Ramblas et la Sagrada Familia. C’est oublier Eduardo Mendoza, Carlos Ruiz Zafon ou Francisco Gonzalez Ledesma d’un côté, et par exemple la tour Agbar, signée Jean Nouvel de l’autre.

    Tout Miro

    S’agissant d’art pictural contemporain, la Fondation Joan Miro, dans le quartier haut de Montjuic (la montagne des Juifs), au sud de la ville, recèle au bord d’un parc paisible, et à côté du plus important musée d’art de Catalogne (le MNAC), quatorze mille œuvres du grand artiste avant-gardiste, dont dix mille dessins, dans un somptueux édifice signé Josep Lluis Sert. L’œuvre protéiforme de Miro est là réunie, avec les nombreuses sculptures, peintures, céramiques, qui font écho à toutes les époques du créateur. La Fondation est également riche d’une aile en hommage aux « alliés substantiels » (l’expression est de René Char) de Miro, et donne ainsi à voir des œuvres de Marcel Duchamp, Alexander Calder, Antoni Tapies, Pierre Alechinsky, Fernand Léger, Wilfredo Lam, Balthus, Yves Tanguy, André Masson, Antonio Saura, Max Ernst ou encore Eduardo Chillida.

    Picasso jeune et Bleu

    C’est dans une rue piétonne du vieux Barcelone, juste avant Barceloneta, que se trouve le musée Picasso, dont la richesse n’a rien à envier à ses homologues de Malaga et de Paris. S’il ne possède pas certaines toiles emblématiques (le talent des musées Picasso est d’avoir « su » répartir l’œuvre), il comprend de nombreuses pièces maîtresses, comme l’interprétation des Ménines de Velazquez, soit une célèbre série de cinquante-huit tableaux. Et aussi Le Fou, et d’innombrables dessins – plus de mille sept cents œuvres au total, couvrant les années de jeunesse et la période Bleue, offertes par l’immense Pablo à la ville de ses attachements fondamentaux.

    Tapies tout neuf 

    Les lieux de l’art moderne les plus emblématiques de Barcelone sont par ailleurs le Musée d’Art contemporain (MACBA) et le Centre de Culture Contemporaine (CCCB), lequel fait partie du premier, au cœur du vibrant Barrio Chino, peuplé d’intellectuels et d’étudiants. On y trouve notamment des œuvres  de Jorge Oteiza, Miro et Tapies.

    La Fondation Tapies se trouve justement rue Aragon, en plein centre, à quelques mètres de la Casa Batllo, sans doute la plus subtile réalisation de Gaudi pour un client privé. L’extraordinaire musée dédié à Antoni Tapies, a rouvert en mars 2010 après deux ans de fermeture pour travaux. La façade du bâtiment, signée Lluis Domenech i Montaner, surmontée de « Nuage et chaise », structure géante en fil métallique signée Tapies, abrite l’œuvre du chef du file du courant Moderniste, les collections personnelles accumulées par l’artiste et des expositions temporaires des créateurs qui marquent leur temps. Louise Bourgeois y a exposé. D’importantes rétrospectives (Brassaï, Picabia, Andy Warhol), y ont eu lieu. Les Fondations Miro et Tapies sont les passages privilégiés de l’expression catalane de l’art contemporain ; dans la ville de Gaudi.

    ©L.M.

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    Tarragone, future capitale culturelle ?

    À quarante minutes de train du centre de Barcelone, par une voie côtière ravissante, se trouve une cité balnéaire riche de vestiges romains impressionnants, comme cet amphithéâtre qui mord le sable fin de la plage, en plein centre ville, une cité au passé médiéval entretenu, et une ville high-tech résolument tournée vers l’art contemporain. Tarragone, où se fabriqua jusqu’en 1989 la fameuse liqueur Chartreuse, est une cité déjà classée en 2000 au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco pour ses richesses archéologiques. Candidate à l’élection de capitale culturelle européenne 2016 (Cordoue et Malaga sont ses principales concurrentes espagnoles), Tarragone regarde devant elle, poursuit une vaste politique de grands travaux visant à renforcer ses structures d’accueil pour l’opéra et toutes les formes de musiques, la danse moderne, la peinture et la sculpture contemporaines. Elle transforme, entre autres, une gigantesque fabrique de tabacs et ses arènes en futurs lieux de rencontre culturels, destinés à faire de cette cité dotée d’un des ports les plus actifs de la Péninsule, un prolongement naturel à Barcelone. D’autant qu’ici, c’est un tapis de Miro qui capte l’attention du visiteur du musée d’art moderne de la ville, et que seul un élève de Gaudi, Jujol (Josep Maria Jujol I Gibert), signa discrètement mais efficacement le décor du théâtre Métropol, lequel figure un paquebot, le long de modestes Ramblas qui vivent intensément la nuit. L’empereur Hadrien vécut à Tarraco –nom romain de Tarragone (elle fut la capitale de l’Empire sous Auguste) et quitta la cité pour Tivoli, en déclarant que son cœur demeurerait « dans la ville où le printemps est éternel. » Joan Cavallé Busquets, écrivain, dramaturge, érudit local et artisan militant de la candidature de Tarragone, nous a confié qu’elle est « la ville de la culture de la paix ». Constamment détruite au fil des siècles, mais toujours debout, cette ancienne ville de garnisons sous Franco n’a-t-elle pas réhabilité ses casernes en départements de son Université...

    L.M.

     

    Pratique :

    Comment s’y rendre : Vols quotidiens depuis Paris et les principales villes de France, sur Iberia, Air France, et les compagnies low coast comme Vueling.

    Dormir à Barcelone : Chic & Basic Born. Hôtel archi design de très bon goût dans le vieux quartier (50, rue Princesa), à quelques mètres du Musée Picasso.

    Manger à Barcelone : Lonja de tapas, Place del Palau, et Celler de la Ribera, 6, Place de las Olles  : délicieuses tapas, vins catalans au verre.

    Dormir à Tarragone : Husa Imperial Tarraco, Passage Palmeres. Idéalement placé, devant l’amphithéâtre romain et la mer.

    Manger à Tarragone : aq restaurant, ou la modernité gastronomique dans sa belle expression (l’esprit d’Adria plane ici). 7, rue les Coques. Et L’Anap, bâti contre un mur du Forum romain (classé). Cuisine inventive, artistique. 14, rue Comte.

    Lire : Les romans « barcelonais » de Montalban et de Mendoza (Points/roman) et « Les Marana », roman de Balzac dont l’action se déroule à Tarragone (Albin Michel)

  • Manuscrits de guerre, 2

    images (1).jpegLa seconde partie du livre de Julien Gracq contenant deux inédits et intitulé Manuscrits de guerre est donc un récit, sans titre, écrivais-je hier (lire ci-dessous : Manuscrits de guerre, 1) et reprend des passages, des phrases, des thèmes, des impressions, des actions aussi du Journal qui le précède. Il est écrit à la troisième personne de l'imparfait et met en scène le lieutenant G. Il est aisé de rapprocher celui-ci de l'aspirant Grange du Balcon en forêt. Les deux sont le même double de l’auteur. Le scénario du début (seulement) du Balcon est identique, les lieux sont les mêmes, les compagnons d'armes aussi ... Au début du récit, la plage décrite ainsi que ses environs, Malo (-les Bains, près de Dunkerque, lit-on) ressemble cependant à s'y méprendre à celle de Morgat, qui servit de cadre au Beau ténébreux. Même atmosphère de côte sauvage bretonne, avec des mouettes et leurs cris de poulies rouillées. Il est probable que Gracq commençait d'écrire ce second roman-là, qui paraîtra en 1945, tandis que le Balcon, récit, ne paraîtra qu'en 1958. L'évocation des beautés de la Flandre hollandaise préfigure par ailleurs l'un des plus beaux textes de Gracq : Sieste en Flandre hollandaise (Liberté grande).

    Ce récit met en scène un personnage hiératique et stoïque, soucieux d'une morale certaine. Davantage qu'à Grange, nous pensons alors à Aldo (Le Rivage des Syrtes). Un fil d’Ariane court, qui peut se résumer d’une phrase : la poésie d’une guerre, c’est l’ennui quand on la fait. On songe aux attentes dans le Rivage et dans le Balcon aussi. En somme, ce récit assez bref contient déjà tout le terreau sur lequel Gracq bâtira l’essentiel de son œuvre de fiction. C’est pourquoi il est précieux. En revanche, l’action y est permanente (débâcle  oblige : les soldats français ne sont plus commandés,  égarés sur l’asphalte enfondu de sueur des routes nationales…  Ils risquent à tout moment de frôler l’ennemi, vivent sous un parapluie d’avions (…) La troupe avait absorbé les couleurs de la défaite comme une éponge boit l’eau… Le qui vive est constant) et cette vivacité des scènes est inhabituelle, dans les récits, nouvelles et romans de Gracq. Elle est de surcroît singulièrement accrue, par rapport au Journal dont ce récit est directement issu.

    En contrepoint, paisiblement, Gracq livre des images sensationnelles dans cette langue somptueuse dont il ne se départira jamais (bien que les lignes qui suivent contiennent -à notre avis- une exceptionnelle imprécision, voire un défaut léger de ponctuation). Extrait :

    G. n’avait pas envie de dormir : cette soirée, tout de même, c’était une veille d’armes. Roulé dans sa capote sous les étoiles claires, allongé au côté de l’équipe du canon de 25, il écoutait couler dans la nuit comme une eau la conversation étouffée des soldats qui sourdait de la terre ; rafraîchissante et intarissable comme une source, avec ses hésitations et ses doux silences cette petite voix changée, toute drôle des heures de nuit qu’avaient les hommes, comme des enfants qui se parlent au long de la route en revenant de l’école – une voix de sérieux, si pénétrée de l’importance des choses dites.

     

    Manuscrits de guerre, par Julien Gracq, José Corti, 19€