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  • Manuscrits de guerre, 1

    images (1).jpegLe livre (*) est composé de deux inédits (lire ici à la date du 4 avril) : un Journal intitulé Souvenirs de guerre, signé Louis Poirier, et un récit sans titre. Le journal, entre le carnet de bord et ler procès-verbal du quotidien d'une petite garnison que dirige le lieutenant Louis Poirier (que l'on sent devenir l'écrivain Julien Gracq, à la faveur de l'aventure de la guerre), a été écrit sur un cahier ligné ordinaire de marque Le Conquérant. L'époque : mai-juin 1940, la drôle de guerre sent fort la défaite, la débâcle. Le lieu : autour de la frontière belge, de Winnezeele en Flandre française le 10 mai, à Zyckelin, près de Dunkerque le 2 juin. Les thèmes majeurs de l'oeuvre à venir sont déjà là, fournis peut-être par l'atmosphère de cette (drôle de) guerre : l'attente, l'anxiété et la peur, mais l'attente surtout. Louis Poirier ne supporte pas trop ses soldats, des alcooliques manquant de courage et d'intelligence, marchant au pinard, appelé mazout. Il ne fait pas corps, souligne Bernhild Boie, qui signe l'avant-propos (et veille par ailleurs à la postérité de l'oeuvre publiée et inédite de Gracq), il reste à l'écart, lit, fume, flâne, commande lorsqu'il y est contraint. Il est comme il se décrira plus tard, dans Lettrines je crois, évoquant ses années de collège en internat à Nantes qui lui furent un supplice. De toute façon, il répugne tout autant à commander qu'à être commandé. Les "envolées lyriques", rares, sont provoquées par la nature à l'aube, un paysage bucolique, des parfums et des teintes sauvages : ce sont des trèves poétiques en pleine guerre, quelquefois à quelques mètres de l'ennemi. Ou bien ce sont des gares rimbaldiennes dans la nuit sonore que l'auteur évoque, ou encore le silence magique des polders ou bien des fleurs qui tintent, éclatent, éclairent. Le reste est scrupuleusement noté. Mais avec tact et talent : Même plus d'avions. C'est la nuit du silence magique : nous marchons sur une mer dont les vagues se seraient figées. Certains passages interpellent l'aficionado de Gracq : lire d'un auteur fétiche ce qui suit est surprenant à plusieurs titres : J'empoigne mon fusil anglais, et vide le chargeur au hasard sur les silhouettes, à travers le soupirail. Le tir est décevant. Les silhouettes, très espacées, continuent à sautiller, à chaque instant masquées par les brins d'herbe qui ondulent devant nous. En avons-nous même touché? Gracq en guerre, tirant sur des soldats allemands! Gracq évoquant cela avec une froideur de circonstance, certes, mais quand même. Nous pensons alors à La Route des Flandres, de Claude Simon. Gracq, plus loin : Une de mes grandes appréhensions dans cette guerre était la vue du sang qui d'habitude me rend malade. Mais ici, ça ne me fait rien. (Il est en train de panser un soldat dont une cuisse vient d'être traversée par une balle). Et puis il y a surtout la chute de ce Journal, à la page 158 : les Allemands entrent dans la maison où la poignée de soldats dont l'auteur fait partie est retranchée, la porte de la cave s'ouvre et Julien Gracq (qui n'a alors signé qu'un seul livre : Au château d'Argol, en 1934), s'écrie aussitôt : Ne tirez pas. Nous nous rendons. Sans cela, nous n'aurions peut-être jamais lu ses 19 ouvrages suivants...

    (A suivre)

    (*) Manuscrits de guerre, par Julien Gracq, José Corti, 19€

    P.S. : un mot sur le physique du livre : c'est le premier ouvrage de Gracq, publié comme les 19 autres chez José Corti, à être déjà massicoté. Nous n'y avons pas retrouvé ce plaisir sensuel d'entrer dans chacun de ses livres, page après page, à l'aide d'un canif bien aiguisé. Le format a par ailleurs changé, qui adopte cette fois celui de la plupart des romans publiés par les éditions de Minuit : un 13,5 x 18 infiniment agréable.

    Photo : gazette-drouot.com

  • Dans les Landes... Mais à Paris, rue Monge

    Julien Duboué, chef de Afaria, A table! en Basque, évoqué déjà sur ce blog (le 25 septembre 2008), installé 15, rue Desnouettes, Paris 15, a donc ouvert il y a trois mois à peine une seconde enseigne bien gasconne : Dans les Landes... Mais à Paris (119 bis, rue Monge, Paris 5) et cette nouvelle bonne table, où il se trouve en permanence pour un temps (ayant confié les rênes d’Afaria à son « ombre » en cuisine), ne désemplit pas, même l'après-midi, où une grande terrasse continue de servir à boire et à manger. La formule est formidable : des tapas copieuses (façons raciones à San Seba) et très savoureuses, mêlant terre et mer, terroir basco-landais (les Landes seules ne suffiraient pas!) et pitchounettes incursions ailleurs. Le service est jeune, compétent et très souriant, physionomiste même. C'est servi dans des torchons qui tapissent des pots de résine (comme pour les admirables pieds de cochons désossés, mis en cubes pânés –la star de la carte, à mes yeux et papilles), ou bien des sabots comme on en fabriquait encore, il y a peu, à Siest juste en bas, devant les barthes... (pour présenter la chiffonnade de jambon Ibaïona, ou bien les chipirons aux piments doux, d'une fraîcheur, et donc d'un moelleux et d'un gusto extraordinaires), les tables individuelles et surtout les deux grandes tables collectives, assez hautes, invitent les Parisiens à pratiquer un échange convivial qui a toujours cours, de Peyrehorade le mercredi, jour de marché, à touche-touche aux Pieds de cochons, ou bien le dimanche avant le match de rugby, jusqu'à Fontarrabie, calle San Pedro du côté de Xanxangorri et au-delà, via Bayonne, quai Jauréguiberry, vers Ibaïa et Txotx. L'ardoise, outre un plat de chaque jour, offre une liste de tapas qui font (malheureusement) toutes envie. Outre les précitées (car nous y sommes déjà allés plusieurs fois), il y a aussi la (délicieuse) tortilla, qui change : un coup aux papas bravas et oignons confits, là aux premières asperges blanches... Les filets de caille marinés et délicieusement croustillants, les cœurs de canards en persillade – comme aux Fêtes de Dax, ces gambas avec une sauce d’inspiration thaï à se damner,  le mini croissant au jambon truffé,  la tourtière aux pommes et sa petite crème au beurre salé : parfaite, et encore ces couteaux et moules basquaise, qu’il me faudra bientôt goûter, ainsi que la poitrine de cochon (ibaïona) et la brochette de jambon au fromage de brebis (ardi gasna)… La carte des vins est évidemment  sud-ouest à fond, et c’est bien, tant mieux car  magnifique (notamment les côteaux-de-chalosse, vins modestes mais de caractère, trop méconnus à mon goût). Les prix sont assez doux. Un seul petit reproche : il faudrait que l’arrivée des plats ne ressemble pas à une avalanche, car on se sent alors speedé : comme c’est chaud et que l’on n’a pas envie de manger froid de si bonnes choses, on passe d'un plat l'autre à 100 à l’heure… Bon, c'était un samedi soir et la fois précédente, sur semaine, ce coup d'accélérateur ne s'était pas produit. Astuce : commandez les tapas en deux fois ! Par conséquent un immense bravo au jeune chef –il n’a pas 30 ans, natif d’un village infiniment cher à mon cœur,  Saint-Lon-les-Mines. J’ai passé le plus clair de mon adolescence dans la campagne autour de la ferme que mes parents avaient achetée à St-Lon, et j'y ai même trouvé le sujet et le cadre de mon premier roman, Chasses furtives (lire ci-contre à gauche). Julien Duboué a fait ses classes chez des chefs qui sont par ailleurs devenus des amis : Alain Dutournier (Carré des Feuillants, Trou Gascon, Pinxo… à Paris), Philippe Legendre (lorsqu’il était au Georges V à Paris) et chez lequel je me trouvais encore avant-hier à déguster sa cuisine pour les copains et la famille, bien planqués en Sologne, ou bien des cuisiniers de respect chez qui je me régale toujours : Jean Coussau à Magescq (Relais de la Poste) , Francis Gabarrus à Saubusse (Villa Stings), ainsi que chez Drouant (j'aime moins) et même chez Boulud à New York! (jamais testé). Aupa!

     

       

     

  • Flacons de saison

    Vins de vienne.jpgMagnifique Crozes-Hermitage 2008 signé Les Vins de Vienne : une syrah à la fois toute en puissance et en velours -une panthère, ce vin! Belle robe profonde, nez épicé et fruits rouges très mûrs en bouche, longueur confortable,  une réussite (à 13,50€) pour les soirées qui donnent envie de griller une côte de boeuf comme en hiver, pour changer des poissons.

    En AOC Crémant d'Alsace, un pinot noir 100% donnant un rosé pourvu d'uneCave de Beblenhaim.jpg belle tenue de mousse, et une structure très équilibrée en bouche, nous fait oublier les champagnes bruts rosés que l'on a désormais l'habitude de boire pour un oui ou pour un non. Ce pétillant nommé Au château, est signé de la Cave coopérative vinicole de Beblenheim (6,15€ à peine).

    CuveeBicentenaireAckerman.jpgDans le même esprit, mais en blanc, la cuvée à fines bulles subtiles d'Ackerman, à Saumur, est un miracle d'équilibre entre la fraîcheur et la maturité. A l'aveugle, plusieurs copains ont dit : c'est du champagne. Bon, il s'agissait de la Cuvée du bicentenaire de la maison, issue d'un assemblage méticuleusement étudié (chenin, cabernet franc, cabernet sauvignon, grolleau, pineau d'Aunis : il sont tous là!). 14,90€

    Ces deux effervescents, rosé et blanc, sont parfaits à l'apéro et peuvent suivre, à table, sur une salade aux agrumes et saumon, enchaîner sur une volaille blanche, ou bien revenir pour la tarte aux fraises.

    Béret noir, annoncé il y a peu dans ces pages, est un Saint-Mont composé à 70% de tannat,Beret Noir 2009 Producteurs Plaimont.jpg à 15% de pinenc et de cabernet-franc et cabernet-sauvignon pour le reliquat de 15%. C'est rouge profond, c'est solide, fort en fruits noirs, en épices douces aussi, c'est correctement tanique à l'attaque en bouche, mais le fruité revient en douceur et la fraîcheur calme l'ensemble, avec une note légèrement cacaotée du meilleur effet. Idéal sur la charcuterie du Sud-Ouest et ibérique, puis sur le magret ou le travers de porc à la plancha, ce vin simple comme on les aime ne vaut que 6,50€ et c'est très bien comme ça.