mardi, 18 avril 2006

Il Giardinetto di Elsa


Si le bonheur existe sur cette terre, il réside à Procida. Outre une terrasse secrète, il y a sur cette île un balcon. Un balcon sur la mer thyrhénienne : au Giardinetto di Elsa. Elsa Morante. C'est ici qu'elle écrivit "L'Isola di Arturo", en 1957... L'histoire d'un gamin sauvage qui grandit sur l'île de Procida, entre un mère morte et un père absent ("L'Île d'Arturo", Folio). Cette photo montre ce balcon.

Jusqu'à présent, ma référence en matière de balcon, c'était celui qui, en forêt, nous raconte la "drôle de guerre" vécue par l'aspirant Grange. L'auteur? -Julien Gracq. Son livre? -L'un des plus profonds de la littérature française du XXème siècle. Yes. ("Un balcon en forêt", José Corti, 1958).

Ce balcon-ci, en photo, est autrement plus vertigineux, car il est le siège du bonheur simple et de l'absence de trouble : en face, Capri (et la Lune, invisible sur cette photo! -Qui m'expliquera comment augmenter la taille de ces fucking pictures !). A sa gauche, le petit port de pêche de Corricella, un bijou serti serré. Précieux. A droite, la plage de Chiaia et au-delà, l'île d'Ischia -géante voisine-. Derrière : le continent. Naples, sa Baie, le Vésuve et sa courbe sensuelle et molle et si lente à tutoyer l'horizontalité et la douceur diaphane de la peau des belles endormies. Le Vésuve et sa langueur, la poésie de sa chute vers Pompéi. Le Vésuve qui déplie lentement son bras comme à un cours de danse, lento, piano, pour dire la lave de son histoire, l'épaisseur aérienne de son geste, la transparence de son désir de jouissance obscure par la noyade. Le Vésuve qui sombre avec la lenteur d'un Liner, la poésie d'une sirène, l'abandon d'un sexe d'homme dans un sexe de femme : sous-marin en plongée, baleine, disparu volontaire. Le Vésuve.

Autour de la photographe (ma fille Marine : un regard en devenir), il y a un verger de citronniers. La maison s'appelle "Il palazzo Mazzella di Bosco". Il fut laissé à Elsa Morante pour le temps que lui prit l'écriture de son grand roman.

Cette photo m'émeut au plus haut point, pour des raisons extrêmes. Ce lieu a du génie, il est chargé d'ondes positives. Il a déjà engendré un grand livre. En septembre, il devient le siège du jury du Prix Elsa Morante, depuis une poignée d'années. L'immense palazzo comprend une bibliothèque, et l'été, des lectures y sont données en plein air, ainsi que des concerts et des conférences...

La paix y a jeté son sac. La beauté aussi, qui y établit intensément ses quartiers à heures souples : à l'aube, au crépuscule. Lorsque le monde se relâche et que l'amour fait le quart. Armé de cette vigilance forte capable de vaincre toutes les batailles de la vie. Et du renoncement, aussi.

 

 

Commentaires

"Ici les maisons ressemblent à de petites boites d'allumettes entassées sans ordre précis. Comme une une farandole de couleurs qui imposerait "l'esprit sud". Quand la nuit vient, chacune des boites allume ses petits photofores pour déguiser le soir et tromper l'air encore chaud et lourd".

Écrit par : Ileana | mardi, 18 avril 2006

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