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  • Déon, addendum

    photo 1-1.JPGJ'ai retrouvé, plié en quatre dans mon exemplaire de Bagages pour Vancouver dédicacé par Michel Déon, cette page que j'ai rédigée pour « Sud-Ouest Dimanche », et parue il y a plus de 31 ans, le 8 septembre 1985 – putain, 31 ans !.. (A l'époque, Pierre Veillettet me laissait carte blanche dominicale). Outre le papier consacré à Déon, il y est question du délicat Charade, d'Anne Bragance : Les caprices du destin, et de quelques perles : Parvenir, haïr, perdre : Mes chers enfants, d'Yves Laplace, Tott, de François Tallandier, Tabou, de François Rivière, Tout l'été, de Jean Blot, et enfin de Mohican de Christian de Montella. Voici le papier sur Michel Déon, intitulé :

     

    LA VIE N'ATTEND JAMAIS

     

    « Mes arches de Noé », deuxième : Pour cette rentrée, Michel Déon nous offre une nouvelle galerie de portraits souvenirs avec « Bagages pour Vancouver ». Précipitez-vous !

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    En marge de cette rentrée aux allures d’un lâcher de chiens affamés (lesquels auront un os ?), pas même annoncée sur les listes des parutions officielles, la sortie du nouveau livre de Michel Déon, « Bagages pour Vancouver » (La Table ronde), est aussi discrète que les couleurs de sa jaquette sont douces. Bouffée d’air pur ! « Bagages pour Vancouver » est le second volume de « Mes arches de Noé », recueil de récits entrecoupés d’une vie, celle de Déon. Le premier volume racontait la découverte de Spetsai, en Grèce, le Portugal de Chardonne, l’amitié de Kléber Haedens (les plus belles pages du livre), celle de Morand, de Cocteau et de tant d’autres îles…

    photo^^.JPGLe second est du même cru. L’auteur poursuit l’évocation de ses souvenirs, de ses amitiés, de ses voyages. C’est un Déon amoureux de la vie et désireux de la vivre avec fureur, qui nous apparaît ici. Conscient, comme Balzac, qu’une nuit d’amour, c’est un livre en moins, Michel Déon vit malgré tout à pleins poumons, touché par une des grâces de l’existence : une entière et permanente disponibilité. Sur la route de Port Lligat, où l’attend un Dali obsédé par sa philosophie du pet, Perpignan surprend le jeune reporter Déon au moment des ablutions matinales de la ville. Dali attendra ; la vie, elle, n’attend jamais.

    « Les gens de la nuit » écrivent le jour

    Fonceur, bringueur, Déon traverse en gourmand raffiné le Paris des années de béton (les années Sartre), avec des copains capables de désarmer toutes les tyrannies intellectuelles. Qu’ils s’appellent Laurent, Blondin, Nimier, Fraigneau, Laudenbach ou Hecquet (que La Table ronde ferait bien de rééditer) (*) tous ces gens préféraient les gueules de bois aux langues de plomb.

    C’est l’époque des reportages pour « Match », des lectures pour Charles Orengo, à la fois César, Machiavel et Chateaubriand des éditions Plon ; l’aventure bénie de « La Parisienne », jusqu’à ce que le Nouveau Roman pose sa cafetière sur la table et la nouvelle critique ses scalpels sur le billard. Ce sont les nuits alcoolisées, « rechargées » aux Halles et achevées entre les seins de jolies filles sans bas bleus… N’importe ! Ces jeunes dilettantes à l’ambition bien vertébrée savaient être jansénistes le jour. Ce sont encore les virées à « La Bourdette », chez Haedens, les blagues caustiques de Nimier, qui firent de lui un mythe plus qu’un écrivain… La découverte de la petite musique Sagan, l’amitié irlandaise avec Christine de Rivoyre, l’hommage au grand Fraigneau, qui répétait à ses cadets (dont Déon), que la vie est aussi une fête, que les moralistes sont des raseurs et l’amour un plaisir de civilisé. Bref, ce sont les années folles des hussards, vécues à 200 à l’heure dans la « Gaston-Martin » (un surnom attrapé devant chez Gallimard) de Nimier. Cette galerie de portraits-souvenirs, parfois émouvants (sur la tombe de Paul-Jean Toulet à Guéthary, chez une ancienne conquête à Saint-Jean-de-Luz), sont autant d’hommages aigres-doux rendus à une époque perdue, lost, et que Déon semble regretter : sans doute a-t-il à présent le sentiment d’être devenu un de ces aînés dont il croque admirablement le profil…

    D’entre tous, c’est celui de Coco Chanel qui reste au fond du verre. Magnifiée, telle qu’on la devinait, la grande dame ouvre le livre en nous apparaissant dans toute sa noblesse, vêtue d’un tailleur de tweed blanc et d’un immuable canotier, un soir de Noël, dans sa chambre au Ritz. Cette nuit-là, Déon l’acheva calé dans un fauteuil, dans son appartement de la rue Férou, en compagnie d’Angelo Pardi et de Pauline Théus, les personnages principaux du « Hussard sur le toit », de Giono (autre émotion vive). Ce fut une nuit inoubliable, gravée à jamais dans la belle mémoire du plus stendhalien de nos écrivains. « Remettez-nous ça ! », dira Blondin.

    Léon Mazzella

    Sud-Ouest Dimanche, 8 septembre 1985.

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    (*) C’est fait, depuis.

  • Déon

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    Je reprends la seconde édition de mon premier roman Chasses furtives, augmentée d'une préface de Michel Déon avec une certaine émotion, depuis que l'auteur des Poneys sauvages a disparu. Je lui dois d'ailleurs le Prix Jacques-Lacroix de l'Académie française que ce petit roman reçut à sa parution deux années avant cette réédition, laquelle date de 1995, comme je dois à un autre grand académicien disparu, Pierre Moinot, le second prix que le livre reçut (le même jour, d'ailleurs), le prix François Sommer. Il y  a eu une troisième édition depuis (*), et - imbécilement -  j'ai cru bon de ne pas y inclure cette préface. C'est con. Et je m'en veux, ce matin. J'ai relu également toutes les lettres que Déon m'a adressées depuis Old Rectory, Tynagh, Co. Galway (Irlande), au fil des années, ainsi que les quelques articles que j'ai pu écrire sur ses livres, en particulier Bagages pour Vancouver (pour Sud-Ouest Dimanche). Aussi, unephoto 2.JPG certaine mélancolie me saisit, et je revois par exemple Michel Déon dans ma voiture, une VW Polo noire, à Bordeaux, dans laquelle j'avais laissé Athos, mon griffon korthals, le temps long de notre dîner en tête à tête au Chapon fin, chez Francis Garcia, un soir de novembre 1987.

    Le clébard fit une fête de tous les diables à Déon, lorsque celui-ci se glissa dans un habitacle enrichi de parfums capiteux à faire fuir toute femme, et tandis que je m'excusais pour l'enthousiasme débordant de mon sauvage à poil dur, Michel caressait le chien à qui mieux mieux tout en m'engueulant copieusement pour ne l'avoir pas amené au restaurant (nous nous étions retrouvés au Chapon fin et je le raccompagnais à son hôtel). Là-dessus, il ajouta que son invitation à venir chasser la bécassine sur ses terres irlandaises ne pourrait cependant pas se réaliser en compagnie d'Athos, pour des raisons de quarantaine dissuasives. Et il le regrettait pour lui, pas pour moi! Un souvenir parmi d'autres... L.M.

    (*) Editions Passiflore, 2012.