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  • Waterville, Kerry

    Papier paru ce matin dans Le Nouvel Observateur-TéléCinéObs.

    Au cœur de la nature sauvage (de la côte sud-ouest de l’Irlande).

    images (1).jpegLa côte sauvage irlandaise, du côté du Ring of Kerry, a la magie des îles du Nord, vertes et pourtant si rudes. Cette côte déchiquetée qu’on longe en voiture et qu’une mer d’Irlande qui a englouti tant de navires bat froid, possède l’attirance violente des femmes renardes. Mi-ange, mi-démon, la côte irlandaise aimante. Rien n’est plus vivifiant que se réveiller de bonne heure et de partir marcher dans la campagne irlandaise, n’importe où dans les moors (étendues de bruyère), et les tourbières (prévoir des bottes) entre deux bushes (buissons épais), emmitouflé dans une veste  imperméable (la pluie irlandaise ignore les saisons). Le ring of Kerry est cependant bien ensoleillé et l’arrière printemps y est propice à toutes sortes d’activités de plein vent : équitation, golf, pêche à la mouche, observation des oiseaux…  L’idée est de séjourner à Waterville et de rayonner autour de ce village calme de bord de mer où Charlie Chaplin aimait passer ses vacances en famille, au Butler Arms Hôtel. Waterville est baignée, comme chaque village irlandais, par l’odeur âcre et légèrement goudronnée de la tourbe qui flambe lentement dans chaque cheminée. Les habitants de Waterville se retrouvent le soir au Pub, notamment au Lobster’s Pub, pour savourer un hot whiskey (avec un « e ») et disputer une partie de fléchettes, ou revoir un match de rugby en buvant lentement une pinte de Guinness. La bière brune symbolise cette Irlande « rough », taiseuse et sauvage. Sa mousse si douce, couleur ventre de bécasse, à la fraîcheur idéale (la servir glacée est une hérésie) et d’une onctuosité de chantilly, résume la sérénité d’une fin de journée passée à pêcher, à monter à cheval ou simplement à se promener le long de images (2).jpegla côte. Les nombreux lacs et rivières avec des pools (parcours de remontée) de la région sont réputés dans toute l’Europe. La pêche ouvre mi-janvier et ferme fin septembre. Les lacs comme Lough Currane, Lough Deriana, Lough Cloonaghlin ou Lough Namona sont riches de saumons et de truites de mer. Remonter la Cummeragh river est un autre plaisir de « moucheur ». On peut aussi pêcher en mer, ou bien depuis le rivage. Une sortie jusqu’à l’île de Valentia est conseillée. Là-bas, vous aurez l’impression d’être revenu au temps des Vikings. Autour de Waterville,  une virée à Killorglin –gros bourg traversé par la Luane river, riche en truites farios-, est souhaitable, au moins pour d’autres balades dans les bushes, sur les landes de tourbe infinies. Pour les amateurs de golf, c’est un paradis. Les lacs y sont nombreux et la pêche une activité courante. On peut aussi acheter son saumon fumé directement à la fumerie locale de Killorglin. A deux pas, le restaurant Nicks propose une cuisine marine et des bordeaux à prix plancher. Tralee Barrow et Killarney sont des destinations de la même eau : à fond nature et avec des pubs chaleureux pour les retours de balades « roots » et humides. Car un plaisir singulier est de s’exténuer dehors, puis de s’affaler devant un feu de tourbe, d’ôter ses bottes et de les regarder fumer tandis que nous nous repassons le film de la journée.

    L.M.

  • Drieu en Pléiade : l'homme ou l'oeuvre

    images (1).jpegFallait-il panthéonniser un fasciste collabo, antisémite, xénophobe, misogyne, habité par une névrose de l'échec qui le conduisit au suicide en 1945 -doublé d'un admirable styliste dont les romans désabusés et les nouvelles désinvoltes écrites de la main d'un séducteur un brin nihiliste continuent de ravir de jeunes lecteurs?

    Car l'oeuvre romanesque de Drieu La Rochelle est désormais disponible sur papier bible. On peut s'en indigner, comme on le fit pour la publication de son sulfureux Journal il y a vingt ans (toujours chez Gallimard, mais dans la collection Blanche, où fut également publié le non moins sulfureux Journal de Paul Morand). Soulignons que les essais de Pierre Drieu La Rochelle -la plupart fortement sujets à caution, et proches des idées de Jacques Doriot, du PPF auquel Drieu adhéra d'ailleurs-, sont justement oubliés. Poubelle. Ils n'intéressent aujourd'hui que quelques thésards et c'est tant mieux. Quant à la prose de Drieu, je confesse un attachement à mes lectures, étudiant, des romans, nouvelles, récits, fragments, d'un écrivain qui m'apparût infiniment sensuel, pourvu d'un regard lumineux sur la femme, le couple (dont j'ignorais encore tout, ou presque); éclairant en tous cas. Avec quelques amis, nous nous y retrouvions, ou nous tentions de nous y trouver -par cet effet miroir qui flatte tant les jeunes fous de littérature. Suivirent les Nimier, Blondin, Laurent, Frank -les Hussards dans leur ensemble : que des gens plus ou moins fréquentables auxquels nous avions pourtant plaisir à nous frotter en les lisant, tandis que nous aimions lire aussi Sartre, et que nous étions des baby-tonton : de jeunes hommes qui entraient dans l'âge adulte sous l'aile spirituelle et politique de François Mitterrand, dont nous partagions les idées -et le goût pour la chose écrite (les révélations sur ce passé qui ne passe pas de F.M. ne vinrent que beaucoup plus tard). Bobos avant l'heure, nous faisions Sciences-Po, votions PS en pensant au PSU de Rocard, dissertions de Gramsci en trouvant Marx un peu mou du genou. Nous lisions surtout avec gourmandise Char, Gracq et Cioran, plus quelques sucreries comme Stifter, Inoué, Toulet... Nous étions des petits cons avec un fond sympathique. Années 80.

    images.jpegEn somme, je dis (répète) juste ici qu'il convient toujours de distinguer l'homme de l'oeuvre. Sinon, qui lirait Céline ou Hamsun?

    Reprendre Récit secret, Le feu follet (et revoir le film qu'en fit Louis Malle, avec un Maurice Ronet bouleversant), L'homme couvert de femmes, certaines pages de Gilles, procure peut-être encore un plaisir simple de lecture. Il faudrait vérifier. J'avoue ne pas en avoir envie.

    Le procès fait à cette édition des oeuvres de fiction de Drieu est le reflet d'un réflexe bien-pensant. "On est dans Pavlov", lâche Sollers à ce sujet (dans Le Nouvel Observateur). J'ai moi-même jeté à la poubelle nombre de livres de Drieu, un jour où je faisais un ménage mental sur les étagères : ouste, les romans de Matzneff, les bluettes de Chardonne, et quoi d'autre encore!.. -Oh, des trucs, plein de trucs. Ce jour-là, j'oubliais le précepte clairvoyant qui précède. Aujourd'hui, je persiste à penser que nous pouvons apprécier Dr Jekyll et détester M. Hyde. Ou le contraire. Si la littérature est schizophrénique, jouons son jeu et sachons séparer le bon grain de l'ivraie. Car se refuser à le faire serait faire preuve d'un ostracisme aussi obtus que les idées que nous récusons avec tant de véhémence. Et même si nous avons le goût du paradoxe, il en est qu'il ne faut pas cultiver mais au contraire laisser en jachère.