Le poids du papillon
C'est le nouveau livre d'Erri De Luca et il est mince comme la silhouette d'un braconnier dessiné par Dubout. S'y trouvent deux nouvelles, une longue (une soixantaine de pages) qui donne son titre au livre et un autre très courte, Visite à un arbre, sans grand intérêt. Le poids du papillon est une sorte de conte merveilleux pour grands enfants épris de nature sauvage, de justice, de combat intérieur avec ce qui reste de nature animale au fond de notre nature humaine. Un braconnier qui a déjà pris plusieurs centaines de chamois dans les Alpes italiennes (Dolomites), convoite le roi d'entre eux, le chamois mythique, magnifique, âpre au combat contre les siens, énorme, réputé imprenable. La lutte avec l'homme armé s'engage dans ces montagnes, un matin de novembre. Il y a beaucoup de silence, de solitude, de retrait, d'énergie concentrée. Je ne dirai rien de plus, ni du symbole des dettes, qui se paient à la fin, une fois pour toutes. Ni de la force de l'aile d'un papillon blanc sur une carabine, sur le poids du ciel ou sur celui de la vie. Ni du poids de l'aile d'un papillon sur les années sauvages de deux êtres enlacés et glacés dans la mort, qui ne se pèse pas, qui s'évalue à l'aune de la poésie. Car la langue de De Luca, infiniment subtile, se découvre, lorsqu'elle possède comme ici la délicatesse d'un haïku. En lisant cette nouvelle, j'ai pensé aussi à ce précieux extrait du poème La prière, de Giuseppe Ungaretti (traduit par Philippe Jaccottet) :
La vie lui est d'un poids énorme
Comme aile d'abeille morte
A la fourmi qui la traîne.
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Gallimard, 9,50€