Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le poids du papillon

 

A12935.jpgC'est le nouveau livre d'Erri De Luca et il est mince comme la silhouette d'un braconnier dessiné par Dubout. S'y trouvent deux nouvelles, une longue (une soixantaine de pages) qui donne son titre au livre et un autre très courte, Visite à un arbre, sans grand intérêt. Le poids du papillon est une sorte de conte merveilleux pour grands enfants épris de nature sauvage, de justice, de combat intérieur avec ce qui reste de nature animale au fond de notre nature humaine. Un braconnier qui a déjà pris plusieurs centaines de chamois dans les Alpes italiennes (Dolomites), convoite le roi d'entre eux, le chamois mythique, magnifique, âpre au combat contre les siens, énorme, réputé imprenable. La lutte avec l'homme armé s'engage dans ces montagnes, un matin de novembre. Il y a beaucoup de silence, de solitude, de retrait, d'énergie concentrée. Je ne dirai rien de plus, ni du symbole des dettes, qui se paient à la fin, une fois pour toutes. Ni de la force de l'aile d'un papillon blanc sur une carabine, sur le poids du ciel ou sur celui de la vie. Ni du poids de l'aile d'un papillon sur les années sauvages de deux êtres enlacés et glacés dans la mort, qui ne se pèse pas, qui s'évalue à l'aune de la poésie. Car la langue de De Luca, infiniment subtile, se découvre, lorsqu'elle possède comme ici la délicatesse d'un haïku. En lisant cette nouvelle, j'ai pensé aussi à ce précieux extrait du poème La prière, de Giuseppe Ungaretti (traduit par Philippe Jaccottet) : 

 

La vie lui est d'un poids énorme

Comme aile d'abeille morte

A la fourmi qui la traîne.

---

Gallimard, 9,50€

Commentaires

  • Sais-tu que "Psyche" en grec veut dire "âme" mais aussi "papillon"...

  • Et non!..
    Merci de cet éclairage

  • Nabokov chassait les papillons.

  • Pour info : Erri De Luca effectue actuellement une tournée de promo de son "Papillon" : lecture-signature-débat aujourd'hui à Montreuil (librairie Folies d'encre) et après-demain à la librairie Comme un roman (Paris 3è).

  • Grâce à votre billet, Léon, j'ai lu ce livre dans un train qui me conduisait vers le Vercors. je l'ai relu face à la montagne. Je l'ai aimé, l'ai rêvé puis je l'ai envoyé à une amie. Il me reste l'empreinte de la mort du premier chamois, puis du deuxième puis de l'homme et bien sûr cet étrange papillon. je pensais à "neige" en lisant ce livre. Neige... et silence. C'est un livre écrit avec du silence...

  • Le paysage s'y prêtait donc. Vercors / Dolomites : on ne va pas chipoter. Neige, de Maxence Fermine, est un bon petit roman, mais il m'évoque davantage l'original dont il s'est indéniablement inspiré : Soie, d'Alessandro Barrico. Ancora un Italiano vero... Reste que ce papillon de De Luca est un conte splendide.

  • Non, non, Léon. Quand j'écris neige, c'est vraiment de la neige, pas un titre de livre ! car il y a cette blancheur des mots et le silence qui les accompagne. L'encre crisse...

  • Ah (oups) je pige mieux, là. Oui, je vois, enfin j'entends le crissement de la langue, de l'encre, tout ça. Et je repense à ce mot de Cocteau, cité plus bas ici même (le 30 novembre dernier) à propos du dernier livre de poèmes de Frédéric Musso :
    "Quand un poète parle de la neige, écrit Musso, on espère qu'il a marché dedans. Pour Jean Cocteau cela fait un bruit de cheval qui mange du sucre."
    Sucre, neige, gueule de cheval, pied de poète, brodequin de chasseur de chamois, plume qui crisse. Aile de papillon...

  • Eh, oui, tout cela...

  • Bonjour,
    je suis allé voir cette pièce au théatre des célestins à lyon.

Écrire un commentaire

Optionnel