lundi, 23 novembre 2009
Laissons-le là!
L'Eternité à Lourmarin
Albert Camus
"Il n'y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s'étourdit notre affection? Cerne après cerne, s'il approche c'est pour aussitôt s'enfouir. Son visage parfois vient s'appliquer contre le nôtre, ne produisant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n'est nulle part. Toutes les parties -presque excessives- d'une présence se sont d'un coup disloquées. Routine de notre vigilance... Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d'essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l'épaisseur d'une paupière tirée...
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s'ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant. A l'heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d'énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l'archer, cette fois, ne transperce pas."
René Char.
in : La parole en archipel, Gallimard, 1962.
Photo : la tombe d'Albert Camus à Lourmarin, © Sophie Poirier, avril 2008
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vendredi, 20 novembre 2009
Camus
La France moisie, c'est encore la récupération d'Albert Camus par l'instigateur d'une politique on ne peut plus anticamusienne, et qui siège actuellement à l'Elysée. Il serait temps de relancer Combat, le journal de l'auteur de L'Etranger. La France moisie, c'est celle qui affecta une moue dégoûtée de grand bourgeois à la vue d'un pauvre dans son parc, lorsqu'un type du peuple, fils d'une mère analphabète et d'un père mort en 14, né en Algérie, lorsqu'un "petit pied-noir" devient Nobel de littérature à 44 ans. Aussitôt, la bien-pensance lui tourna le dos, ne souhaita pas l'admettre parmi les siens. Elle le déclara faible romancier à la prose facile (le Nouveau roman était alors dictatorial) et, plus douloureux encore, "philosophe pour classes terminales" -l'expression est de feu mon ami Jean-Jacques Brochier. (Sartre régnait alors sur la pensée hexagonale). Jean-Yves Guérin, qui signe un Dictionnaire Camus chez Laffont, a ce mot juste et assassin à propos de l'essayiste : "Camus est à BHL ce qu'Edith Piaf est à Vanessa Paradis" (piqué dans l'Obs paru hier). La belle revanche du fou de foot et de théâtre, c'est d'être plus connu et davantage lu dans le monde entier, que n'importe quel écrivain français depuis l'invention de la plume, ou presque (il faudrait vérifier pour Dumas et Hugo). Et, au risque de me contredire, si ce paramètre ne vaut rien à mes yeux lorsqu'il s'agit d'un Paolo Coelho, d'un Dan Brown, ou d'un Marc Lévy, il me semble posséder une teneur autre, pour Camus.
10:58 Publié dans humeurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : albert camus
jeudi, 19 novembre 2009
la mano negra
Le 11 juin 1986, Diego Maradona marque avec la main. On appelle cela la main de Dieu. C'est Maradona.
Pour Thierry Henry, c'est la main de qui ?..
(puisque l'actualité de ce matin n'est qu'une chanson d'un geste)
Eric Raoult dans Le Monde daté de samedi, épinglé par Le Nouvel Obs : Réaffirmant que les propos de Marie NDiaye qualifiant de "monstrueuse" la France de Nicolas Sarkozy sont "inadmissibles", Eric Raoult ajoute: "Même Yannick Noah et Lilian Thuram n'en ont pas fait autant qu'elle".
"Yannick Noah et Lilian Thuram ? Sa critique initiale ne portait donc pas exclusivement sur la liberté de parole des écrivains? (...) Serait-ce donc la couleur de leur peau qui inspirerait ce 'rappel à l'ordre', pas vraiment 'républicain'?", se demande Bertrand Delanoë...
10:26 Publié dans foot | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : france-irlande, paris-berlin
mardi, 17 novembre 2009
Bu
La cuvée Clos Victoire (rouge) de Calissanne, en Coteaux d'Aix-en-Provence 2006 est un miracle de fraîcheur et de puissance contenues, et comme maintenues sous le boisseau de saveurs grasses (luisantes), subtiles et complexes, un peu comme ces belles charpentes rassurantes et les tomettes de couleur chaude au sol. Nez floral et herbacé, bouche ample et droite. Belle profondeur. Idéal sur une pâte molle affinée longtemps, et sur une viande rouge servie bleue mais chaude (pavé épais ou magret). Les rosés de cette zone (Lançon de Provence) sont archi connus et plutôt (régulièrement) bons. Les rouges d'exception y sont rares. En voici un. 60% syrah, 40% cabernet-sauvignon de plus de 30 ans, malolactique, macération longue, passage en fûts 14 mois durant, bichonnés par un certain Jean Bonnet. Splendide.
On me signale à l'instant une cuvée Léon le cochon, signée Matthieu Dumarcher, vigneron bio à La Baume de Transit, dans la Drôme, soit un côtes-du-rhône, semble-t-il très recommandable. Je le vérifierai bientôt, pour vous en dire un mot.
Mais avant, je veux souligner la rectitude, au nez comme en bouche (dont la longueur est à la manière d'un final d'une ouverture de Beethoven), d'un margaux en pleine renaissance. Nathalie Perrodo est aux commandes, à la suite de son défunt père. Il s'agit d'un troisième Grand Cru classé, encépagé à 65% de cabernet-sauvignon, 30% de merlot et 5% de petit-verdot, en moyenne. 18 mois en barrique, dont 60% sont neuves, le tout constituant une règle souple (donc trangressable, sinon à quoi servirait une règle, ressemblant en cela à toute Loi?), obéissant aux éléments, lesquels, comme femme, varient. Cela mérite une convergence de spots sur Marquis d'Alesme Becker 2007. Retenez bien ce code. Composez-le chez votre caviste. S'il ne l'a pas, commandez. Puis donnez-moi des nouvelles du petit, que vous aurez choisi gros, soit en magnum : c'est toujours préférable, et là, indéniable. Sachez que le jeune homme (le vin est signé Philippe de Laguarigue, qui oeuvra à Lynch-Bages et Montrose) excelle déjà sur le rouget barbet comme sur les champignons de sous-bois (cèpes, mousserons, trompettes, girolles) et de sous-sol (truffe noire), ou encore sur le gibier bien sanguin, à plumes et à poil. Ce margaux-là a donc été relooké de l'intérieur : allez-y boire. (Je me souviens du tremolo dans la voix de mon père lorsqu'il en débouchait un, dans les années 70, déjà... Il avait la même emphase lorsqu'il remontait un Labégorce ou un Labégorce Zédé, autres propriétés de Margaux du giron Perrodo). Scoop : Zédé va disparaître en fusionnant... A suivre : pas tout d'un coup, Ho!
14:25 Publié dans Vins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : calissanne, marquis d'alesme
jeudi, 12 novembre 2009
Langue de soie, commentaires, suite
Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.
Réplique de Lino Ventura (Fernand Naudin) dans Les Tontons flingueurs. Dialogues de Michel Audiard.
Ca ne vous rappelle rien?..
19:52 Publié dans humeurs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : audiard
mardi, 10 novembre 2009
Langue de soie
A la question : « Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?», posée par le magazine Les Inrocks d'août dernier (à lire sur lesinrocks.com), Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009 (lire plus bas : A quel Prix, 4 novembre, et Rempart, 13 octobre), répond ceci : « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey et leurs trois enfants -ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : "La droite, c'est la mort". Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus. »
J'a-do-re! -Et vous?
16:37 Publié dans humeurs | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : france moisie, suite
lundi, 09 novembre 2009
Tout faux!
Bon, j'ai eu tout faux (lire note précédente : A quel Prix?), sur les derniers Prix littéraires d'Etonne (pardon : d'Automne) : Gwen. Aubry prend le Fémina (le Mercure, c'est Gallimard, juste pour info). Guenassia (Albin Michel, qui attendait aussi Besson ailleurs), le Goncourt des Lycéens. Et Liberati le Flore. Reste l'Intergrasset...
Sinon, j'ai lu le Nobel (Herta Müller) L'homme est un grand faisan sur terre (folio) : de la daube avec paleron seulement et donc sans joue ni queue. Aucune onctuosité. Du sec pour le sec, de l'émotion sèche elle aussi, donc frigide. Un titre finalement explicite, si l'homme lit. Brrrr... Un froid norvégien parcourût ma lecture. Comme quoi, des fois, les Nobel nous sortent de derrière aucun fagot un truc comme çà, attrapé par les oreilles, façon Majax. Et poufpouf! la Planète devrait se le gaver. Moi, je dis non. Ce coup-ci.
14:14 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : prix littéraires 09
mercredi, 04 novembre 2009
A quel Prix?
Ci-contre, le logo du grand vainqueur du Goncourt. Jérôme Lindon, fondateur des éditions de Minuit (que sa fille Irène continue de diriger dans le droit fil d'une haute exigence littéraire), avait découvert Marie Ndiaye et publié son premier roman (ainsi que neuf autres livres, dont Rosie Carpe, roman couronné par le Femina il y a huit ans), et Jean-Philippe Toussaint (consolé le lendemain de l'attribution du Goncourt par le Prix Décembre et ses 30 000 €), comme Laurent Mauvignier (j'ai fini par arriver à bout de ses Hommes poussifs et lents à se dire), publient toujours à l'enseigne de la sobre étoile du mitan de la nuit. (Je ne connais pas les livres de Delphine de Vigan, quatrième auteur -Lattès-, finaliste chez Drouant). Or (détail?) c'est Gallimard, éditeur du roman couronné de Ndiaye, qui remporte la mise. Je n'ai pas le coeur à commenter le Renaudot. Je me réjouis pour Pierre Michon, car son Grand prix du roman de l'Académie française couronne un auteur majeur et, indirectement et de manière posthume, le travail éditorial (comparable à celui des Lindon père et fille) de Gérard Bobillier, patron emblématique des éditions Verdier, disparu le 5 octobre dernier. Le Médicis m'indiffère un peu, cette année, même si j'aime la plume abrupte et acide de Dany Laferrière (mais je n'ai pas lu son dernier). Je verrais bien Brigitte Giraud décrocher le Femina, et Jean-Michel Guenassia ou bien Simon Liberati, l'Interallié. Ainsi, ce dernier prix ne serait pas à nouveau surnommé l'intergrasset. Je pense enfin à Jean-Marc Parisis pour le prix de Flore (*). Et après, qu'on nous fiche un peu la paix avec ces coquetèles, comme l'écrivait Roger Nimier, où tout le monde littéraire se déteste en se souriant, tout en grignotant des canapés. Et nous retournerons à nos lectures -n'ayant pas de prix-, du moment : Jorge Amado, Joyce Carol Oates, Michel Foucault, Baruch Spinoza toujours, Virgile (L'Enéide monumentale que publie Diane de Selliers est un chef d'oeuvre de l'édition d'art!), et Marguerite Duras. Des petits jeunes... qui nous aident à écrire. Merci à eux.
(*) Je note en passant que certains grands favoris, comme David Foenkinos, sont passés à l'intraitable trappe des jurys...
Et je voudrais enfin rappeler que Tristes tropiques, de l'immense Claude Lévi-Strauss, premier grand traité d'ethnologie moderne, structuraliste, humaniste, et qui commençait par cette phrase célèbre : Je hais les voyages et les explorateurs, avait fait partie de la sélection du Goncourt en 1955. Preuve qu'à l'époque, l'ouverture au talent était large, puisque les jurés durent voir une sorte de roman dans cet essai majeur au style impeccable, qu'il est toujours tonique de relire.
16:21 Publié dans humeurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : prix littéraires 2009













