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  • Tantration

    L’avantage du tantrisme, c’est de cultiver la rétention pour sublimer le plaisir. Ce n’est pas seulement faire en sorte que ça dure le plus longtemps possible (ce qui est déjà une fin en soi), mais de faire de la sexualité un aventure spirituelle. C’est d’une extase amoureuse qu’il s’agit, par d’une technique de performance. Le tantrisme vient de l’Inde ancienne, tantra signifie tissé ensemble : le couple ne connaît pas de dominant. Partie du Bouddhisme tibétain, le tantrisme est fondé sur la maîtrise de soi. L’homme y apprend notamment l’orgasme sans éjaculation. Le but est d’atteindre un nirvana sexuel, en poussant le désir jusqu’aux extrémités. Cet érotisme paroxystique procure aux initiés des plaisirs incroyables, à côté desquels nos orgasmes occidentaux paraissent bien instinctifs. Mais le tantrisme est une doctrine qui va bien au-delà de la sexualité : proche du yoga, il s’agit d’une philosophie complexe, avec ses dieux fondamentaux : Shiva et sa déesse Shakti (qui signifie énergie). Ombre et lumière, création et destruction. L’initiation au tantrisme polit l’ego, pacifie le mental, pour parvenir au maïthuna, le rituel de l’union sexuelle sacrée.
    Retiens-moi !..

    Photo du bas : Maïthuna

  • Le regard ailleurs

    Bernard est un photographe de talent. De caractère. Il a donné dans la pub, pour bouffer. Il n'en tire aucune gloire, quand d'autres (faux) frères en ont fait leur fond de commerce. Normal, c'est un artiste de verdad. Un poète argentique. Il est ailleurs : surtout dans l'ouverture, enfin, de cet hôpital de Kaboul qu'il a vu pousser. Et dont il a retiré un émouvant album de pudeur en noir&blanc, plein d'humanité dans la douleur dite, dans la tendresse, dans l'évidence de l'amour en dépit du malheur. Dans ses reportages aussi, d'auteur, à Cuba (Mésaventures à Cuba, avec Erik Orsenna -Points/Seuil-, son acolyte de bourlingue), en Chine, au Japon, bientôt...

    Nous déjeunons au "Ribouldingue", clône du "Comptoir" d'Yves Camdeborde (avec moins d'attente et d'outing : top! Nous y découvrons avec une gourmande curiosité mâtinée d'une méfiance légitime, les tétines de vache en salade... ). Paris 5ème. Nous attendons Véronique, l'iconographe de nos aventures éditoriales. Bernard regarde ailleurs quand je lui parle. Comme toujours. Si je ne le connaissais pas, je pourrais m'en offusquer. Mais il est bien là. Présent. Ami. Il a l'oeil fuyant, car il photographie le monde, capte, recherche, interroge la lumière ou la supplie, guette le regard. C'est plus fort que lui...
    Pas comme ce rosbif qui, cet après-midi, à la belle journée ICEX des meilleurs produits espagnols, organisée chaque année avec maestria, par Jeannine Coureau, à l'hôtel Bristol (Paris 8ème). Il représente des vins espagnols puissants, comme je m'aventurerais à dire la messe dimanche prochain à Saint-Médard... Ce regard fuyant-là, est un non-regard. Un regard franc comme un âne qui recule. Je m'en méfie. Je n'irai pas lui adresser un mot. Mi-clos, ses yeux disent la couardise et l'arnaque mentale. Je l'observe de loin, depuis le stand si accueillant des vins Marqués de Riscal, en compagnie de Jean-François, de La Guildive (importateur, notamment, du meilleur jambon du monde : le 5J, "Cinco Jotas", de Sanchez Romero Carvajal, propriété d'Osborne, la marque du fameux toro noir).

    Deux regards. Deux façons d'être au monde. Au fond, il suffit de savoir décoder. Et après, c'est le bonheur : une complicité peut s'installer d'un côté, un surcroît de vie peut se poursuivre ailleurs, en évitant l'écueil. Et c'est ainsi qu'en observant d'un oeil (distrait) la fausseté du regard du rosbif sus-cité, je savoure davantage le verre de blanc sec de Rueda, en compagnie de mon pote Jeff. E la vida va...

    Photos : un nu, de Bernard Matussière, et le fameux toro de Osborne, qui balise les routes d'Espagne.