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A menos dos (17h58, avant-hier dans les arènes ovoïdes de Nîmes) tout est sur le point de se jouer. Ou pas. J'aime tant ces moments où ça bascule dans l'inconnu, l'improbable, car les extrêmes deviennent tout à coup possibles.
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A menos dos (17h58, avant-hier dans les arènes ovoïdes de Nîmes) tout est sur le point de se jouer. Ou pas. J'aime tant ces moments où ça bascule dans l'inconnu, l'improbable, car les extrêmes deviennent tout à coup possibles.
Pourquoi lire? demande Charles Dantzig, avec un talent déjà démontré dans ses précédents livres de la même eau (Dictionnaire égoïste de la littérature française, et Encyclopédie capricieuse du tout et du rien, les trois chez Grasset). La lecture n'est pas contre la vie, elle est la vie, affirme-t-il. Cela se discute. D'aucuns pensent aussi cela de l'écriture. Ecrire ou vivre? Vivre empêche d'écrire mais nourrit l'écriture. Ecrire empêche de vivre et tarit l'écriture... On se mord la queue, avec de telles réflexions. Dantzig ajoute -à propos seulement de lecture, que lire ne sert à rien. Nous lisons parce que ça ne sert à rien, clame le dandy érudit. Parmi les nombreux chapitres de ce brillant essai, citons : lire pour se trouver (sans s'être cherché), lire pour se contredire, lire pour se consoler, lire pour la jouissance...
Extraits (formules et bons mots) :
Un bon lecteur écrit en même temps qu'il lit. Il entoure, raie, met les appréciations dans tous les interstices laissés libres par l'imprimeur. (...) Un bon lecteur est un tatoueur. Il s'approprie, tant soit peu, le bétail des livres.
Nous choisissons, dans nos lectures, les vêtements de nos sensations, les paroles de nos bouches muettes, l'éloquence de nos pensées borborygmiques.
L'entre les lignes est l'espace merveilleux où le lecteur à bout de raisonnements ramasse la lumière magique qui lui donne ce qu'il veut : être persuadé.
La vie est un conte de faits. La vie est de la prose, pas de la poésie.
On lit pour voir chez les autres les défauts que nous nous cachons à nous-mêmes.
Une lecture réussie, c'est aussi rare, aussi bon et laissant un souvenir aussi charmé qu'un acte sexuel bien accompli. Le lecteur couche avec sa lecture.
Cliquez => http://www.glougueule.fr/ et retenez ce site! Glougueule. Pour les hommes de glou. C'est fort en humour et en autodérision, ça décape et c'est sérieusement pas sérieux. J'ai fait la connaissance de l'un de ses brillants animateurs, Philippe Quesnot, "épicier savant" à Grasse et auteur de Vin d'Yeux (Ellébore), ainsi que celle de l'un de ses complices, Jacques Ferrandez, à qui l'on doit tant de magnifiques BD, en particulier 10 tomes sur l'Algérie : Carnets d'Orient (Casterman), à l'occasion du salon Cuisine et littérature, à La Colle sur Loup, près de St-Paul de Vence, les 5 et 6 juin derniers. Nous avons goûté ensemble quelques beaux flacons, notamment de Gramenon, et ce fut le point fort d'un salon plutôt calme et pluvieux, avec les canons de La Sorga pris en compagnie d'Anthony Tortul, le vigneron qui fait ses cuvées, et sa bande de potes du bar à vins rennais L'Entonnoir.

Marseille,
ce matin.
Frédéric H. Fajardie met le feu dans chacune des 33 nouvelles qui composent le recueil précieux concocté par Sébastien Lapaque et Jérôme Leroy : Des petites fleurs rouges devant les yeux (La Petite Vermillon / LTR). Regretté Frédéric qui écrivait dru et dur, sur et pur. La première phrase de la nouvelle intitulée La marelle (p.41) prouve (à mes yeux) et si cela est nécessaire, que c'était, que c'est un grand écrivain : Une brume humide et glacée baignait la ville d'une grisaille métallique rappelant ces capitales d'Europe orientale étreintes par un froid plus concret.
Chez le même éditeur, L'argot d'Eros, de Robert Giraud, qui nous avait donné déjà L'argot du bistrot (La Petite Vermillon, donc), est un dictionnaire bandant qui donne par exemple des dizaines de façons de nommer le sexe d'une femme et celui d'un homme aussi. Le tout est illustré d'extraits de livres, comme il se doit, où l'on croise souvent Carco, Boudard, Calaferte, Gautier, Simonin, Casanova, Haedens...
Le roman de l'été de Nicolas Fargues (Folio) est un chef d'oeuvre de perspicacité, d'observation de nous même, de nos travers, de nos moeurs urbains, mesquins, amoureux sans façon, bobo, touchants. Fargues possède un don supplémentaire à celui d'écrire (très) bien de bons romans : que celui qui n'a pas encore lu J'étais derrière toi le fasse sans délai! -Le don de dépeindre l'autre, comme le ferait un anthropologue du quotidien. Dès les premières pages, le ton est donné : Rougissant, il regretta ce réflexe mesquin qu'il méprisait si souvent chez les autres. Cette façon d'ignorer quelqu'un, tout en voulant lui laisser croire qu'on ne l'a pas remarqué. Bien vu, non?
Iles à la dérive, de Papa Hemingway reparaît en folio (anniversaire oblige). L'occasion de (re)lire ces trois récits posthumes où l'on voit le double de l'auteur pêcher avec ses mômes, puis le même à Cuba et enfin en mer, donc toujours sur l'eau, pourchassant des sous-marins allemands. Avec toujours le style souple, emportant, enivrant -d'autant que les haltes, chez Hem', se font souvent pour recharger en rhum, en scotch et autres feux de l'écriture.