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  • A votre épaule dormira un essaim amoureux

    Les amants invisibles s'expatrient chaque soir,

    ils exilent leurs forces, l'eau ferme leurs yeux :

    pourquoi l'ombre est-elle véhémente sur leur som-

    meil?

      L'un dit que le chemin orné de sa douceur mène

    à la douceur de celle qu'il enchante.

      L'une découvre dans l'altitude de son ventre des 

    fleurs humides.

      Les amants invisibles sont un cratère heureux. 

    Jean-Pierre Siméon, Ouvrant, le pas, Cheyne éditeur.

     

    images (1).jpegAu début, je trouvais que ce poète avait trop lu René Char au point d'en avoir la langue imprégnée, prisonnière même, à l'instar d'une Peau d'Âne. Il est vrai que Char est un poète si inspirant, qu'il aveugle nombre de ceux qui le pastichent, font du, sans le vouloir, veux-je penser. Mais voici un poème personnel, puis un autre -le recueil en comprend beaucoup, qui me permettent de reprendre la poésie de Siméon avec sérénité. Soit en oubliant ce qui ressemble à des emprunts (faits à une morale, une diction, un ton sentencieux, un vocabulaire minéral si identifiable -pour qui a commerce avec la langue originale), que nous détectons vite, sinon nous perdrions goût. Et pied.

    En voici un autre, pour la route (les césures des deux poèmes, bien qu'étranges par endroits, sont celles du livre) :

     

    La terre un jour si tendre ouvre sa peau de

    pêche sous nos lèvres.

      Un oeil léger mesure le poids des branches.

    L'été mûrit.

      Ce chemin de cendre qu'un pas disperse, il est

    lié de roses. Le dormeur met les bras sur son front,

    cerne la plénitude de son sommeil.

      Il risque un voyage au centre de ses yeux,

    étreint son ivresse.

      Nous sommes comme lui dans la splendeur du

    buisson, une feuille fermée, prête au feu.


    Nota : le titre de cette note est emprunté à J.-P.Siméon.

    Je salue au passage le travail d'exigence de Manier-Mellinette, Cheyne éditeur au Chambon-sur-Lignon (43), et dont j'observe le travail depuis les premiers livres, qu'ils publièrent en 1980, et que j'ai toujours, là, pas loin.