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mercredi, 16 juin 2010

Je retrouve un papier écrit pour Men's Health

JAMES DEAN

Vingt-cinq ans. Trois films. Deux pièces. Une Porsche 550 Spyder blanche, baptisée « Little Bastard ». A 160 km/h. Un 30 septembre 1955. Un destin. Un accident. Mortel, l’accident. Une légende est née.

James Byron Dean a fait un jeune et beau cadavre. «Vivez jeune, mourez jeune et soyez un beau cadavre », se plaisait-il à répéter, reprenant ainsi une réplique d’un film de Nicholas Ray. C’est comme cela que, sans le savoir, lorsqu’on s’est appelé James Dean, on enfante un mythe dans lequel une jeunesse américaine s’est aussitôt reconnue. Cinquante-cinq ans après, le mythe perdure et a gagné depuis longtemps la jeunesse universelle. On ne compte plus les milliers de fan-clubs, les centaines de sites qui sont consacrés à James Dean, ni les dizaines de milliers de visiteurs annuels (pilleurs, au début) de sa tombe toute simple du cimetière de Fairmount, Indiana.

index.jpgIl a la peau dure, ce mythe. Aussi dure que la peau de Jimmy l’écorché était fine. Le prince inconsolé par la disparition de sa mère alors qu’il n’avait que neuf ans, vivra toutes les expériences possibles de la vie en homme pressé, boulimique, libre, provocateur ; suicidaire. « La nuit, je sortais en cachette de chez mon oncle et j’allais pleurer sur sa tombe : maman, pourquoi m’as-tu laissé ? Dis, pourquoi m’as-tu abandonné ? J’ai besoin de toi ». La blessure restera ouverte.

« La Fureur de vivre », titre de l’un de ses plus fameux films, comme celle de mourir à pleine vitesse, a sculpté une icône qu’Hollywood n’aura pas eu le temps de broyer. C’est à un carrefour californien on ne peut plus banal, situé à Cholame, au croisement de la highway 41 et de la US 466, sur la route qui le conduisait à Salinas pour une compétition automobile, que ses fureurs disparurent. Et c’est sur le volant de sa Porsche qui portait le numéro 130 que James a fracassé son beau corps de jeune premier, vers 17h45 ce jour-là. Sun Dean…

Il est né un 8 février. 1931. Dans un coin de campagne de l’Indiana ; à Marion. Fils de Winton et Mildred Dean, James Byron (baptisé ainsi en mémoire du poète dandy), a grandi dans un paysage bucolique et sans histoires, parmi les vaches, les cochons et les poèmes d’Edgar Poe. Cela forme un jeune homme myope à lunettes, un rien chétif, raillé par ses copains d’école les plus bourrus. Ils sont nombreux dans le patelin qu’il quittera vite, pour aller tenter sa chance à New York. Non sans être passé avant par la Californie, le Santa Monica College Junior et la prestigieuse Université de Californie de Los Angeles (UCLA). « Pendant des années, je me suis entraîné à jouer Hamlet au milieu d’un champ de blé dans l’Indiana », dira-t-il.

images.jpgTrès tôt, Jimmy a su. Il a su qu’il lui fallait s’exprimer avec le corps et la parole. Le théâtre autant que les sports casse-cou lui confirmeront son intuition. Sûr de lui, il n’aura de cesse de forger son esprit et son allure, ingurgitant les lectures, se donnant à pleins poumons dans la déclamation de pièces de théâtre, et prenant goût, déjà, à la vitesse sous toutes ses formes. « Je n’ai même pas envie d’être seulement le meilleur. Je veux devenir si grand que les autres n’arriveront pas à m’atteindre. Ce n’est pas pour prouver quoi que ce soit, c’est pour arriver là où on doit arriver quand on consacre toute sa vie et tout son être à une seule et même chose ».

Jamais à l’heure, plutôt très en retard à ses rendez-vous, que ce fut avec Elia Kazan pour corriger un plan ou une scène, ou bien avec Liz Taylor, qui songea à divorcer pour lui, ou encore Ursula Andress –entre autres starlettes qui chavirèrent -, sa nonchalance procéda très vite de ce style propre, nouveau à l’aube des années cinquante aux USA. C’est l’image d’un beau gosse aux lèvres boudeuses et au regard mélancolique, éternellement vêtu d’un jean déchiré aux genoux (avant-garde !), d’un tee-shirt blanc ras de cou, de mocassins approximatifs et toujours maculés de la graisse de sa Triumph 500. Ce monstre fut la préférée des sept motos qu’il possédât (dont une Sarolea Typhon) et usa jusqu’à les exténuer. La Triumph, il la rangeait insolemment jusque dans les coulisses des studios d’Hollywood, ou celles des théâtres où il se produisit avec un prodigieux talent qui forçait immédiatement le respect des vieux briscards les plus retors et les plus exigeants de la profession.

Au volant de sa première MG 53 rouge décapotable, il était aussi fou qu’en deux roues, dans les avenues de NYC, sur les hauteurs sinueuses de 2images.jpgMullholand Drive, ou sur toutes les autoroutes qu’il empruntait la nuit, pour la seule ivresse de lancer à fond les chevaux vapeur et sa voix. Jusqu’à l’extinction. « La famille Dean vient de s’agrandir. Je viens d’acheter une MG 53 rouge. Mon sexe s’évade dans les courbes pleines, les descentes vertigineuses, les embouteillages… Tu as de la concurrence. Ma moto, ma MG. Ca marche entre nous, ma chérie… », écrit-il, désinvolte, à une fille.

No limit Jimmy.

Il ne roulait pas seulement pour le plaisir de la vitesse mais aussi pour celui de la compétition. Avec talent, il remporta des courses automobiles, notamment une célèbre, à Palm Springs en mars 1955 (organisée par le Californian Sports Car Club) : il y rafla la première place. La course à laquelle il se rendait, à Salinas, Californie, le jour de sa mort, était un nouveau grand challenge pour « Little Bastard » et Jimmy.


Il buvait beaucoup. Trop. Etait souvent saoul, et devenait alors agressif, violent avec ses nombreuses conquêtes. Pourtant, nous savons qu’il ne supportait pas l’alcool. Il buvait quand même. Il avalait aussi des litres de café. Et fumait. Chesterfield sur Chesterfield. Destroy Jimmy.

Fulgurant. Tel était James Dean, qui eut une carrière concentrée sur quatre années menées à un rythme d’enfer , à côté de laquelle un Gérard Philippe pour les planches, et un Paul Morand pour la vitesse, font figure d’enfants sages.

3images.jpgA l’instar d’un Albert Camus qui « ne se sentait jamais aussi bien que sur un stade de foot ou sur les planches », James Dean confia : « Le seul moment où je me se sens réellement moi-même, c’est lorsque je suis sur un circuit (automobile) ». Cela ne l’empêcha pas d’entrer dans la peau de ses personnages, que ce fut son propre rôle -guidon, volant ou rênes de cheval bien en mains-, ou dans des rôles d’emprunt. Dans la peau de Frankenstein, pour « Autant en emporte le vaurien », une pièce qu’il bricola au lycée, qui subjugua les parents d’élèves et médusa les profs réunis.

Dans celle de Bachir, le jeune valet arabe et homosexuel de « L’Immoraliste », de Gide, qu’il campa au prestigieux Royal Theater de New York.

Celle de Jim Starck, l’adolescent révolté de « La Fureur de vivre », au cinéma, ou encore celle de Caleb Trask –le tendre insurgé , modeste employé qui finira roi du pétrole et alcoolique-, dans « A l’Est d’Eden » (d’après le roman de John Steinbeck).
Dans la peau de Jett Rink enfin, l’ambitieux désespéré de « Géant », son film posthume (d’après l’œuvre d’Edna Ferber).

La sexualité de James Dean était double. Il a collectionné les femmes, il n’a connu l’amour qu’une seule vraie fois, avec l’actrice italienne Pier Angeli. Il a approché intimement nombre de vedettes comme Ursula Andress, mais il a aussi eu un certain nombre d’aventures homosexuelles. Avec son premier maître ès théâtre, d’abord, James DeWeerd.

N’invoque-t-il pas son homosexualité (intox ?) et son objection de conscience en avril 1950 pour échapper à la conscription massive de l’US Army pour la guerre de Corée ?

On lui connaîtra des conquêtes masculines au cours de ses folles années new-yorkaises , à une époque où il dévore tout : les jolies filles, les tragédies de Shakespeare, les textes enflammés de Tennessee Williams, la danse, l’hypnose, le saut en parachute, la théologie. Les beaux mecs itou.

Certains célèbres dans le mundillo hollywoodien.

Une curiosité dans le chapelet de ses passions est la tauromachie. Il fut très tôt initié par son gourou DeWeerd, avec les films de corridas, que celui-ci avait tournés en 16 m/m amateur à Santa Fe, Tijuana et Mexico.

Jimmy devient aficionado au monde des taureaux de combat, davantage pour la chorégraphie du corps à corps du torero avec le toro et le goût de la mort (un mot qu’il souligne chaque fois qu’il apparaît dans les innombrables livres qu’il dévore), que pour le fauve combattu.

Impatient de crever le grand écran, il envisagera un moment de tenter sa chance comme torero à Mexico.

Il sera envoûté par un livre, « Matador », de Barnaby Conrad, qui relate l’ultime défi lancé par un vieux torero fatigué, à un plus jeune que lui, parce qu’il est sûr de mourir en le faisant.

images4.jpgBavard, James Dean avait deux sujets de conversation favoris dont il soûlait ses auditeurs : les courses de moto et la corrida. Son appartement de la 68ème Rue Ouest, à New-York, avait les murs tapissés d’affiches de corridas, de capes et de cornes, et mangés par le bas par des piles de disques de musique africaine, afro-cubaine, de jazz, de Berlioz et Tchaïkovsky, et de livres bien sûr (Kafka, Lawrence, Baudelaire, Hemingway, Cocteau, Rimbaud et Verlaine…, Saint-Exupéry).

Rêvant de Picasso et de Miro, il voulait aller à Paris, et il toréait « de salon », armé d’une cape rose, un manuel de tauromachie basique dans une main, comme le fit dans les années soixante-dix, le torero français Nimeño II, avec « Règles et secrets de la corrida », de Georges Lestié…

Toujours Thanatos prenant parfois le pas sur Eros, ce goût du danger, de l’extrême, de l’expérience des limites ou, comme le dit si bien Edgar Morin, qui s’est intéressé en sociologue au mythe Dean (cité par Bertrand Meyer-Stabley, dans son admirable « James Dean ») : « Finalement, l ‘adulte des sociétés bureaucratisées et embourgeoisées est celui qui accepte de vivre peu pour ne pas mourir beaucoup. Mai le secret de l’adolescence est que vivre, c’est l’impossibilité de vivre. James Dean a vécu cette contradiction et l’a authentifiée dans sa mort ».

Jimmy aura vécu davantage et plus vite que la plupart de ses pairs. Il aura fait en un temps record ce que d’autres accomplissent au cours d’une existence parfois fastidieuse. Pressé comme une roquette, ce surdoué du septième art, tête brûlée de vingt-quatre ans et demi avait, à la fin de sa vie, l’ambition de dépasser son jeu d’acteur. Il prétendait déjà avoir prouvé au monde son talent en devenant réalisateur. Et son rêve d’enfant trop tôt orphelin de mère (puis de père), était d’adapter « Le Petit Prince ». Jimmy no comment.

© L.M.


Commentaires

Et bien cher Léon ça faisait une paye que...mais l'attente valait le coup...

Écrit par : benoit | mercredi, 16 juin 2010

Tout pareil que Benoit, splendide article!

Écrit par : pierrot la tombal | mercredi, 16 juin 2010

Merci Benoît et Pierrot. Voilà qui fait plaisir. Je suis retombé par hasard sur ce truc, que Men's Health m'avait demandé pour le 50ème anniversaire de la mort de J.D. en faisant du ménage dans mon Mac. Content que cela vous plaise!

Écrit par : Léon | mercredi, 16 juin 2010

This was a fantastic post. Really loved reading your weblog post. The information was very informative and helpful. I hope you proceed posting and updating frequently. Wanting forward to your next one.

Écrit par : penis size | mercredi, 01 décembre 2010

Je suis perplexe devant un commentaire déposé par un site qui se nomme "penis size"... Bon. Est-ce parce que l'homosexualité de James Dean ?.. Quoi d'ailleurs? Je ne sais pas. Enfin, moi, côté size, tout va très bien. Là.

Écrit par : Léon | mercredi, 01 décembre 2010

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