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Villégiature à Saint-Jean-de-Luz

DSCF4082.JPG"Martine a épousé la baie. Catalane de Perpignan, elle a récemment posé son sac au Grand-Hôtel, dont elle supervise le spa, après avoir passé plusieurs années en Sardaigne et n’envisage plus de reprendre la route des spas prestigieux du monde, sauf peut-être pour Bali, « mais dans longtemps », car sa fille y vit. Martine se baigne chaque jour dans cet océan maté par des brise-lames et des seuils de garantie qui en ont fait une maquette de Méditerranée au pays du surf.

Les Luziens d’adoption possèdent la distance nécessaire au regard juste et à l’amour choisi –comme on le dit de l’immigration, qu’aucun natif ni aucun touriste ne porteront jamais. Ils partagent avec les voyageurs, ces passagers clandestins de l’émotion, la faculté d’immersion en délicatesse. Par mimétisme animal, l’étranger aborde la baie de Saint-Jean-de-Luz ou celle d’Along, muni d’un savoir se confondre. Il n’impose ni ne prélève, cueille selon ses besoins. (Ainsi les Blondes d’Aquitaine sont bien gardées). Le nouveau Luzien épouse sans dot. L’air de ne pas y toucher. D’ailleurs s’il touche l’autre, c’est avec le viatique de sa liberté. Sa carte de visite n’est pas un bristol. C’est une poignée de main en arrivant, l’offrande du récit d’un parcours, le brouillon de sa carte du Tendre en partant. 

Martine Briu, donc. Orfèvre en aménagement et gestion d’un spa à partir d’un credo double : le sens du goût et celui du plaisir de l’autre. Cela passe par l’étude personnalisée de chaque client. Elle tutoie déjà Saint-Jean, qui, d’emblée, le lui rend bien.
DSCF4077.JPGMyriam vient de Brest. Encyclopédie gracieuse de l’histoire luzienne, elle raconte mieux qu’un Basque –désolé, l’architecture des maisons d’armateurs, la pêche à la baleine, le mariage de Louis XIV, les Kaskarots, Agotak (cagots), Bohémiens et autres proscrits refoulés dans les faubourgs, à Ciboure, ou la lutte des hommes de Napoléon contre les éléments naturels. Antienne : le Parisien est celui qui connaît le moins bien le Louvre. Il en va des musées comme des baies. Celle de Saint-Jean a l’accent de celle de « San Seba » et de celle de Naples. Rhune, Monte Igueldo, Vésuve ont partie liée. Montagnes douces –volcanique la dernière, elles embrassent concha et baies dans un quotidien sans vagues, d’un mouvement curviligne, que seul le second baiser de Maman Proust réclamé par le petit Marcel peut égaler en soulagement. (...)

DSCF4061.JPGMyriam Touati rappelle que de nombreux pêcheurs Bretons vinrent à Saint-Jean dans les années 1914. Leurs femmes travaillaient aux conserveries (la dernière a fermé en 1996). Ceci justifie d’une certaine manière la présence, jugée insolite par d’aucuns, d’une boutique à l’enseigne de La Belle-Iloise, sardines en boîte de qualité, dans la rue Gambetta, artère truffée de boutiques de produits basques. À Saint-Jean-de-Luz, on est Adam ou Pariès, c’est-à-dire macaron ou mouchou. Bar Le Suisse ou bar de La Baleine. J’ai un faible pour le second, planqué en retrait de la place Louis XIV. La Baleine, à la naissance de la rue éponyme, est ma querencia luzienne. Je m’y sens bécasse retrouvant sa remise de novembre, hirondelle de retour au nid sous cette poutre et aucune autre. J’aime le côté « pité » du bar, à l’affût, derrière les touristes aux terrasses des bars de la Marine et Majestic. J’aime son unique platane béquillé à la façon d’une toile de Dali et dont les racines soulèvent le goudron. J’y vois une expression dérivée de la force basque." ©L.M.

Extraits. La suite, l'ensemble, dans le dernier n° de Pays Basque Magazine, pages 102 à 114. 

Commentaires

  • Merci de la balade...

  • ouai, c'est pas mal comme présentation, c'est plus aéré

  • les racine soulève le goudron. J'y vois une pression dérivée de la force basque.

    oui ! cette phrase je la trouve parlante ,
    ton texte je le trouve passionnant et problématique ,en effet se pose la question de l'étau , du repli identitaire absurde et faux , et la colonisation aveugle de la société contemporaine , dont la violence destructive nie tout respect ; on la voit en provence ( c'est une hécatombe ( tombe au sens sépulchral) et par exemple aux bahamas , (l'horreur) .... coup de tel de quelques heures oups !
    que disais je ? oui en même temps le dialogue et le renouvellement par un regard nouveau qu'il viennent de l'extérieur ou de l'intérieur, (les basques se sont de tous temps expatriés et deux visions du pays semble s'affronter et se compléter , le monde des vallées et celui des ouvertures par le voyage) , bref le métissage est sans doute la solution car elle crée une identité en mouvement , qui va de l'avant et sort le problème de son carcan, et de plus offre une vision plus juste du pays ; je trouve que les Pyr/atl sont dans une vision du patrimoine qui tente cette acrobatie, entre enracinement et modernité ;
    mais néanmoins , je peux témoigner que le danger rode ! ( voir Provence cote d'azur)
    à +

  • @ babelle :

    La bibliothèque de Babel...
    [de babelle, en rêve:]
    noir, gris, blanc : trois tête inclinées sur un massif de livres d'autres nous autres .

    ainsi commence "la vie sexuelle des mots " de Julian Rios , corti ...

  • peut être en même temps ma réaction à ton article s'explique par le fait que j'ai le sentiment , non fondé peut être , d'un retour impossible au pays natal comme si mon exil m'avait oté à jamais cette possibilité là , ton texte est troublant dans le sens aussi ou ce pays est peut être aussi un pays ou l'accueil tout simple est possible , sans notion forcément d'identité ni d'appartenance !
    à méditer !
    L

  • Très jolie invitation à découvrir les lieux!

  • ça y est j'ai lu ton article dans pays basque mag , une vraie ballade à saint jean ,
    j'aime aussi beaucoup l'article " la fête en tête" de élodie Baubion-Broye ; elle me semble engagée et ouvre sur l'art , la littérature , la fête dont il convient de retrouver le sens , la joie , j'ai aimé la lire , vous aussi bien sur !
    lamù

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